Ubisoft sacrifie plus de 3000 emplois pour sauver son empire en déroute
Ubisoft, ce géant français du jeu vidéo, est en train de plonger dans une vague de licenciements et de fermetures de studios qui n'en finit pas. Alors que l'action chute à son plus bas niveau depuis quatorze ans, Yves Guillemot tente de justifier une cure d'austérité sans précédent qui touche désormais la France après avoir ravagé ses studios étrangers.
Les emplois partent en vrac, et ça s'accélère grave
Le coût humain est juste insupportable. Depuis 2022, Ubisoft s'est séparé de plus de 3000 employés à travers le monde, et le mouvement ne ralentit pas. En janvier dernier, le studio d'Halifax fermait définitivement ses portes, virant 71 personnes juste après qu'elles aient voté pour se syndiquer. Un timing qui a fait grincer des dents et déclenché l'indignation des syndicats canadiens. Quelques jours plus tard, c'était au tour de la Suède avec 55 suppressions de postes chez Massive Entertainment et Stockholm. Puis Abu Dhabi avec 29 mises à la porte en novembre.
La France n'est plus épargnée. Selon La Vie Ouvrière, l'éditeur propose une rupture conventionnelle collective touchant jusqu'à 200 postes au sein de son siège social de Saint-Mandé. C'est près d'un cinquième des 1100 salariés du site qui pourraient partir. Le syndicat Solidaires Informatique dénonce un "mépris total du dialogue social" et appelle à la mobilisation entre le 10 et 12 février. Les grèves se multiplient dans les différents bureaux français, avec des arrêts de travail coordonnés qui paralysent temporairement la production.
Et tout ça pour quoi ? Pour un plan d'austérité monstre qui vise 200 millions d'euros d'économies en plus, après les 300 millions déjà grattés depuis 2023, d'après RTBF. L'entreprise, qui comptait environ 17000 salariés dans le monde, a réduit ses effectifs de 20% en quelques années seulement. Une vraie purge dans tous les services, du développement au marketing en passant par les équipes support.
Les investisseurs ont complètement perdu confiance
Les marchés ont sanctionné brutalement. Le 22 janvier, suite à l'annonce de la restructuration et de l'annulation de six jeux en développement, l'action Ubisoft s'est effondrée de plus de 30% en une seule journée. Le titre est tombé à 4,56 euros, son niveau le plus bas depuis plus d'une décennie, selon Sortiraparis. La valorisation du groupe chute ainsi à seulement 606 millions d'euros, contre plus de 1,5 milliard un an auparavant.
Perso, en suivant l'industrie du jeu depuis des années, je trouve ça dingue de voir une boite comme Ubisoft en arriver là, surtout après des hits comme Assassin's Creed. L'entreprise prévoit maintenant un déficit opérationnel d'un milliard d'euros pour l'exercice 2025-2026. En interne, le groupe chiffre à 650 millions d'euros la perte liée à l'abandon de projets, aux reports et à la baisse des revenus anticipés. Les analystes restent pessimistes et n'attendent pas d'effets positifs avant 2027.
Mais bon, cette chute n'est pas tombée du ciel. Les signaux d'alarme clignotaient depuis un bail. Les revenus du dernier trimestre ont chuté de 43% par rapport à l'année précédente. Les ventes de jeux physiques et numériques ont plongé, et même les services en ligne peinent à compenser. Les investisseurs fuient, et certains fonds activistes comme AJ Investments réclament carrément la vente de l'entreprise ou le départ du PDG.
Tencent rachète les franchises phares pendant qu'Ubisoft coule
Face à cette débâcle, la restructuration passe par une découpe radicale de l'entreprise en cinq entités autonomes baptisées "Creative Houses". La première, Vantage Studios, gère les trois licences les plus rentables du groupe. Assassin's Creed compte plus de 30 millions de joueurs l'an dernier, tandis que Rainbow Six Siege affiche toujours 2,5 millions de joueurs quotidiens et 30 millions d'utilisateurs actifs mensuels, indique l'interview du patron à Variety.
Mais cette filiale n'appartient plus vraiment à Ubisoft. Le géant chinois Tencent y a investi 1,16 milliard d'euros et détient désormais plus d'un quart de cette entité. Une façon pour l'éditeur de lever des fonds tout en gardant théoriquement le contrôle. D'ailleurs, nommer Charlie Guillemot, le fils du PDG, à la co-direction de Vantage ? Ça a fait jaser, avec des accusations de népotisme. Il a tenté de se défendre dans cet entretien, en disant qu'il a fait ses preuves depuis des années. Mouais.

Dans cette même discussion, Yves Guillemot a lâché quelques infos sur les projets à venir. Deux jeux Far Cry seraient en développement, dont un orienté multijoueur. Plusieurs Assassin's Creed aussi, malgré l'annulation récente d'un épisode. Et même un nouveau Rayman serait dans les tuyaux chez Ubisoft Montpellier et Milan, après le succès de Rayman 30th Anniversary Edition. La stratégie semble claire : miser sur les licences qui marchent encore et abandonner le reste.

Les quatre autres Creative Houses, encore non nommées, se répartiront le reste du catalogue. Des jeux tactiques comme The Division aux expériences narratives comme Beyond Good & Evil, en passant par les jeux familiaux comme Just Dance. Chacune devra gérer ses propres finances et rendre des comptes, un changement radical par rapport au modèle centralisé historique d'Ubisoft. En gros, chaque studio devra se débrouiller pour être rentable, sinon c'est la guillotine.
Un discours corporate qui ne passe plus
Le patron a tenté de justifier cette casse sociale avec le même baratin corporate habituel. Il parle de "construire une entreprise plus agile" et de "gérer cette transition avec professionnalisme". Mais concrètement, ça donne quoi ? Des milliers de gens à la rue pendant que lui garde son poste et nomme son fils à un poste stratégique.
Sur la grève et les syndicats, il joue la carte de la compréhension tout en déroulant son plan sans rien changer. Il dit qu'il "comprend les préoccupations légitimes" des équipes, mais dans les faits, les licenciements continuent et les conditions de travail se dégradent. Les syndicats français ne sont pas dupes et dénoncent un dialogue de façade.
Une accumulation d'échecs qui coûte cher
Cette transformation radicale intervient après une série d'échecs commerciaux retentissants. Star Wars Outlaws et Skull and Bones n'ont pas rencontré leur public malgré des budgets de développement pharaoniques. J'ai joué à Skull and Bones, et franchement, je comprends pourquoi ça n'a pas décollé – trop de hype pour pas grand-chose. Assassin's Creed Shadows s'est vendu à 4,3 millions d'exemplaires en sept mois, un des pires résultats de la franchise. Le jeu multijoueur XDefiant a été fermé après seulement quelques mois d'exploitation, brûlant des dizaines de millions au passage.
Face à cette accumulation de déconvenues, le dirigeant tente de rassurer avec des promesses de nouveaux jeux Assassin's Creed, Far Cry et Rayman. Il a même récupéré le MOBA March of Giants des mains d'Amazon, histoire de se diversifier. Mais pour les milliers d'employés virés, ces annonces sonnent amèrement creux. La question reste entière : Ubisoft peut-il vraiment se relever de ce naufrage, ou est-ce qu'on voit la fin approcher pour ce pilier du jeu vidéo français ?
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À propos de l'auteur : Aurélien Hedouin, passionné de jeux vidéo depuis l’enfance et grand fan de Lego. Il décrypte l’actualité et les tests gaming sur Conseil Direct avec expertise technique et amour du pixel.
Aurélien Hedouin