FF7 Remake tient dans ma poche et ça brûle les doigts
J’ai passé trois nuits blanches à m’exploser les yeux sur le petit écran de la Switch 2, à me demander si Square Enix n’avait pas pactisé avec le diable. Voir Cloud trancher des soldats de la Shinra sur une bécane Nintendo, c’est un rêve de gosse qui vire au trip psychédélique. C’est imparfait, c’est gourmand, mais bordel, quel pied monumental.
L’exorcisme d’une trahison vieille de trente ans
On ne va pas se mentir, pour les vieux briscards de ma génération, voir le logo Final Fantasy VII sur une console Nintendo, ça fait l'effet d'un bug dans la matrice. On traîne encore les cicatrices de 1997, l'époque où Square envoyait paître le support cartouche pour se jeter dans les bras de Sony. Trente ans que je rumine cette rupture. Et là, paf, je tiens la bête entre les mains. Ce n'est pas juste un portage, c'est une réconciliation historique, un truc qui aurait semblé impossible il y a encore deux ans.
Quand j'ai lancé le bousin, j'ai eu cette petite sueur froide. On connaît la chanson : les "miracles" technologiques sur console portable finissent souvent en bouillie de pixels ou en diaporama à 10 FPS. Mais là, dès que la cinématique d'ouverture a pété, avec cette vue plongeante sur Midgar, j'ai compris que la Switch 2 n'était pas là pour trier les lentilles. C’est la revanche des cartouches. On sent que Naoki Hamaguchi et sa bande ont voulu marquer le coup. Ils n'ont pas juste balancé un fichier .exe sur le store ; ils ont sculpté le jeu pour qu'il rentre dans le ventre de la petite dernière de Nintendo sans trop de dommages collatéraux.
Je me rappelle de la présentation à la Gamescom 2025. Tout le monde bavait sur la démo technique, mais je restais méfiant. Les démos, c'est comme les premiers rencards : on montre son meilleur profil et on cache ses cadavres dans le placard. Sauf qu'en parcourant les secteurs de Midgar pendant des heures, le constat est là : ça tourne. C’est solide. Je n’ai pas l’impression de jouer à une version au rabais, mais à une véritable itération qui a du coffre.
Des cheveux en pixels et des larmes de Mako
On va causer technique, parce que c'est là que ça gratte. Si tu t'attends à la finesse d'une PS5 Pro sur un écran OLED de salon, redescends sur terre, mon pote. Le jeu tourne à 30 images par seconde. C’est stable, certes, mais ça se sent. Au début, mes yeux habitués au 60 FPS ont un peu saigné, mais au bout de vingt minutes, mon cerveau a fait le switch. L’important, c'est la constance. Rien ne me fout plus les nerfs qu'un framerate qui fait le yoyo dès qu'un sort de feu explose à l'écran. Ici, même quand Tifa enchaîne ses combos aériens et que Barret sulfate tout ce qui bouge, la console tient le choc.
Par contre, le diable est un vicieux. Quand tu poses la Switch 2 sur son dock et que tu mates ça sur un grand écran, les coutures craquent. J'ai bloqué sur la tignasse de Cloud. Ses pointes de cheveux ont une espèce de flou bizarre, comme s'il s'était trop approché d'un radiateur ou qu'il avait abusé de la laque bas de gamme. C'est ce fameux rendu adapté dont parlait Hamaguchi. Pour garder de la fluidité, ils ont dû trancher dans le vif.
Et puis, il y a le "pop-in". Tu marches tranquille dans les bidonvilles du Secteur 7, et soudain, un PNJ apparaît à deux mètres de toi comme s'il sortait d'une faille temporelle. Ou alors tu regardes un bâtiment au loin et tu vois les textures se charger avec la vitesse d'une connexion 56k. C’est l’Unreal Engine 4 qui fait des siennes, poussé dans ses derniers retranchements. J'ai même eu un moment de solitude au chapitre 6, en haut des plaques. Tifa m'a regardé, et son visage... comment dire... elle avait l'air d'avoir pris un abonnement chez un chirurgien esthétique peu scrupuleux. Des textures un peu baveuses qui gâchent l'instant émotion. Mais bon, je chipote. Dans le feu de l'action, tu t'en tapes. Tu es là pour le combat, pour l'adrénaline, pas pour compter les pores de la peau de l'héroïne.
La danse des lames sur un écran de sept pouces
Le vrai choc, c’est le mode portable. C’est là que le miracle opère. Sur le petit écran, tous ces petits défauts de netteté s'estompent. L'image est dense, colorée, vibrante. J'ai passé la phase à moto avec Jessie — tu sais, ce moment où tu te sens comme dans un film d'action survitaminé — et je n'ai pas noté un seul ralentissement. C'était fluide, nerveux, jouissif. J'avais l'impression de tenir une PlayStation 4 miniaturisée dans le creux de mes mains.
Le système de combat de ce Remake est, pour moi, le meilleur truc qui soit arrivé à la licence depuis le passage à la 3D. Ce mélange entre action pure et pause tactique ATB, c'est du génie pur. Sur Switch 2, les commandes répondent au doigt et à l'œil. Passer de Cloud à Barret pour dézinguer un drone, puis switcher sur Tifa pour faire grimper la jauge de choc d'un boss, c'est d'une satisfaction organique. Je me suis surpris à refaire des combats juste pour le plaisir de la chorégraphie.
J’ai quand même eu quelques frayeurs. Dans le train vers le secteur 4, lors des transitions entre les cinématiques et le gameplay, j'ai senti la bécane tousser. Une petite chute de framerate, un léger gel de l'image. Rien de dramatique, mais ça te rappelle que tu joues sur une console qui essaie de faire entrer un litre d'eau dans un verre de 20 cl. Pareil dans les tunnels en spirale, quand tu suis les graffitis de Stamp. Il y a des moments où la console semble crier "Pitié, arrête de tourner la caméra aussi vite !". Mais dès que le combat reprend, le moteur se stabilise. C’est assez bluffant de voir que les affrontements à trois, avec des particules dans tous les sens et des invocations massives, ne font pas exploser la machine.
Le cri d’agonie de ma batterie au lithium
Parlons des choses qui fâchent, le genre de trucs qui te ramènent brutalement à la réalité de la vie de nomade. La batterie. Bordel de merde, la batterie. La Switch 2 a beau être une bête de course par rapport à sa grande sœur, elle boit de l'énergie comme un marin breton boit du rhum.
J'ai fait le test : je pars de 73 %, je m'installe confortablement dans mon canapé, je lance le jeu. Une heure et quarante minutes plus tard, la console m'agonise dans les mains en m'affichant un 15 % bien rouge et bien stressant. En gros, si tu espères faire le trajet Paris-Marseille en TGV en jouant à FF7, prépare-toi à finir le voyage en regardant le paysage par la fenêtre ou en lisant un bouquin. Tu as deux heures et demie d'autonomie, trois si tu baisses la luminosité au point de ne plus rien voir. C’est le prix à payer pour avoir ce niveau de graphismes dans la poche. La technologie avance, mais la chimie des batteries reste bloquée au siècle dernier.
Et puis, il y a le problème du poids lourd. 90 Go. Tu te rends compte ? Sur les 256 Go que propose la console de base, c'est presque la moitié de ton cerveau électronique qui part en fumée pour un seul jeu. Si tu n'as pas investi dans une carte SD de compète, tu vas vite te sentir à l'étroit. J'ai dû supprimer trois bangers de ma bibliothèque pour faire de la place à Cloud et sa bande. C’est un choix cornélien, mais une fois que tu es dans les bas-fonds de Midgar, tu oublies vite les sacrifices.
Midgar comme si j’y avais grandi
Ce qui me fascine le plus dans ce portage, c’est qu'il n’a pas perdu l’âme du jeu original. L'ambiance de Midgar est intacte. Cette ville-monstre, oppressante, sale, où la lumière du soleil est un luxe réservé aux nantis d'en haut, elle te saute à la gorge. Le sound design est d’une richesse incroyable. Les bruits de métal qui grince, les échos dans les ruelles, les voix des passants... Tout est là.
Je me suis surpris à errer sans but dans le Wall Market, juste pour m'imprégner de l'atmosphère. C'est là qu'on voit la force du travail de Square Enix : ils ont réussi à créer un monde crédible, même avec les limitations techniques de la Switch 2. Les musiques, n'en parlons même pas. Les réinterprétations des thèmes de Nobuo Uematsu sont des claques auditives permanentes. Que ce soit en mode docké avec un bon casque ou avec les haut-parleurs de la console, ça transporte. C'est d'ailleurs ce qui sauve les moments où les textures font un peu la gueule : l'immersion sonore est tellement puissante que tes autres sens compensent.
J'ai redécouvert des passages que j'avais pourtant poncés sur PS4. Le chapitre avec Jessie, où l'on plonge un peu plus dans son passé, m'a encore plus touché cette fois-ci. Peut-être parce que le format portable rend l'expérience plus intime, plus personnelle. Tu as l'impression de tenir ces personnages entre tes mains, de partager leurs doutes et leurs espoirs au fond de ton lit, la nuit. C’est une sensation qu'aucune console de salon ne pourra jamais égaler.
Le poids des mots et le choc des pixels
On ne va pas se mentir, Square Enix a réussi son pari. Ils nous ont vendu du rêve avec des promesses de "rapprochement avec Nintendo", et pour une fois, ce n'était pas que du baratin marketing. Ce portage est une pièce d'orfèvrerie. Oui, il y a des compromis. Oui, c'est parfois flou. Oui, ta console va chauffer comme un vieux radiateur en plein hiver. Mais est-ce que ça empêche de kiffer ? Absolument pas.
Le jeu est dense. Entre l'aventure principale, les quêtes secondaires (parfois un peu reloues, on ne va pas se mentir, faire le facteur dans les bidonvilles n'a jamais été mon kiff) et le contenu Intergrade avec Yuffie, il y a de quoi faire. Yuffie, d'ailleurs, apporte un vent de fraîcheur incroyable avec son gameplay basé sur le shuriken. Sur Switch 2, ses mouvements ultra-rapides auraient pu être un cauchemar de lisibilité, mais non, ça passe crème. C’est même l’un des segments les plus plaisants à jouer en mode nomade.
Au final, ce que je retiens de ces dizaines d'heures de jeu, c'est la prouesse. On est en 2026, et on peut jouer à l'un des RPG les plus ambitieux de la décennie sur une machine que l'on glisse dans son sac. C’est une victoire pour les joueurs Nintendo qui ont été sevrés de FF moderne pendant trop longtemps. C’est aussi une preuve que la Switch 2 en a sous le capot, même si elle doit parfois transpirer un bon coup pour nous offrir le spectacle.
Verdict final
Graphismes
C’est un tour de force qui flirte avec les limites de la console. En portable, c’est magnifique et dense. Sur la télé, c’est plus mitigé : le flou sur les cheveux de Cloud et les textures qui chargent en retard viennent casser le délire. Mais pour de la portable, c’est le haut du panier.
Gameplay
Le panard total. Le système ATB hybride est une merveille d'ergonomie et de nervosité. Pas de latence, des commandes qui répondent au quart de tour et un plaisir immédiat. C'est le cœur du jeu et il n'a pas pris une ride dans le transfert.
Bande son
Un chef-d’œuvre acoustique. Les musiques sont épiques, les doublages impeccables et le sound design global t'enferme dans Midgar pour ne plus te lâcher. Un sans-faute qui porte l'expérience sur ses épaules.
Scénario
Une réécriture audacieuse qui ne plaira pas aux puristes mais qui a le mérite de surprendre. C’est bien écrit, bien mis en scène, et les nouveaux développements autour des Fileurs ajoutent une couche de mystère bienvenue.
Conclusion
Square Enix a pondu un banger inattendu sur la console de Nintendo. Malgré une batterie qui fond comme neige au soleil et quelques concessions visuelles qui rappellent qu'on n'est pas sur une machine de guerre, le plaisir reste intact. C'est sale, c'est beau, c'est épique. Si tu possèdes une Switch 2, tu n'as aucune excuse pour passer à côté de cette pépite. Cloud est enfin à la maison.
Note finale : 17/20