Mario Tennis Fever ou l'art de briser des amitiés sur la nouvelle Switch 2
Une déflagration de couleurs et de mauvaise foi. Ce n'est pas un simple jeu de sport, c'est une arène romaine où la loyauté finit piétinée par une basket de plomb. Nintendo nous balance une balle de tennis à la gueule avec une violence que je n'attendais plus, transformant une soirée basique en une guerre de tranchées psychologique qui dure toute la nuit.
La sueur, le plastique et les larmes
Il est trois heures du matin. L’air dans le salon est devenu irrespirable, un mélange de pizza, de caféine et de sueur qui s’accumule quand deux types s’acharnent sur des boutons depuis huit heures. En face de moi, il y a mon pote d'enfance. On se connaît depuis l'époque où on s'affrontait déjà dans la cour de récré avec les cartes Magic, mais là, tout de suite, je le déteste. Je vois dans son regard cette petite étincelle de sadisme pur. Il vient de charger une attaque avec une raquette frénétique, et je sais que je vais ramasser.
C’est ça, l’expérience brute de ce nouveau cru. On ne joue pas à Mario Tennis Fever, on entre en religion, une secte où le seul dieu est le timing parfait et la seule prière un revers décroisé. Le jeu nous attrape par les tripes dès les premières secondes. On sent que la Switch 2 en a sous le capot. Ce n'est pas juste "plus beau", c'est organique. La fluidité est indécente. Chaque mouvement de Mario, chaque foulée de Bowser sur le court semble peser une tonne tout en étant d'une légèreté surnaturelle. On est loin de la rigidité de certains vieux épisodes. Ici, le corps-à-corps avec la machine est total.
Mon pote à un sourir narquois. Il utilise le pouvoir du Thwomp. Cette masse de pierre gigantesque qui s'abat sur mon côté du terrain, m'obligeant à des acrobaties de gymnaste soviétique pour simplement effleurer la balle. C’est là que le côté technique prend tout son sens. Ce n'est pas qu'un jeu de fête pour gamins. C'est une discipline olympique déguisée en carnaval. Si tu n'as pas le bon positionnement, si tu ne sais pas feinter, tu es mort. On a passé une soirée entière à se défier, en mode "grosse compét", à chercher la faille, le millimètre de terrain que l'autre aurait oublié de couvrir.
Le saut dans le futur de Big N
On nous avait promis que la Switch 2 changerait la donne, et pour être honnête, je pensais que c’était encore du baratin du département marketing. J’avais tort ! Techniquement, le titre est solide. C'est propre, c'est net, c'est d'une vivacité qui fait passer les épisodes précédents pour des antiquités. On voit la différence dès qu'on lance un match. Les effets de lumière lors des attaques spéciales ne sont pas là juste pour faire joli, ils soulignent la puissance brute de l’impact.
Pourtant, malgré ce déluge de puissance, l’âme du jeu reste ancrée dans ce que Nintendo sait faire de mieux : la vacherie conviviale. On sent l'influence directe de Mario Wonder, cette folie créative qui semble avoir contaminé les développeurs depuis 2023. C'est imprévisible. La Fleur Kancan traîne dans le coin, les événements s'enchaînent. Tu penses mener l'échange, et soudain, le terrain se transforme, les règles changent, et tu te retrouves à courir après une balle qui a décidé de se transformer en savonnette.
C’est viscéral. J’ai ressenti cette adrénaline que je n’avais pas connue depuis les tournois de Virtua Tennis sur la vieille Dreamcast. Mais là, c’est sous stéroïdes. On n'est pas dans la simulation chiante où on compte les fautes directes. On est dans l’exubérance. On charge son coup, on appuie deux fois pour accentuer l'effet de lift, on essaie de surprendre l'autre avec une amortie vicieuse alors qu'il est déjà à l'autre bout du court. C’est un dialogue constant entre la manette et le cerveau, un flux de décisions prises en une fraction de seconde qui te laisse les mains moites et le cœur qui tape à 180.
Des raquettes maudites et des bébés en crise
Parlons-en, de ces raquettes frénétiques. C’est le coup de génie de cet opus. Plus d’une trentaine de modèles, chacun avec sa propre signature de destruction massive. Ce n'est pas juste un bonus qu'on balance au pif. C’est une gestion stratégique de tous les instants. On surveille sa jauge, on attend le moment où l'adversaire est vulnérable, et on déclenche l'enfer. Mon pote, ce traître, adore celle qui crée des flaques de boue. Je me retrouve scotché au sol, à voir la balle passer à deux centimètres de ma raquette avec une lenteur abyssale, incapable de réagir.
Mais le plus beau, c’est que le jeu te permet de rendre la pareille. Ce duel dans les airs pour savoir qui héritera du malus est un sommet de tension. On saute, on s'entrechoque, c'est presque du jeu de combat. C’est là que notre soirée à basculé dans le chaos. On ne jouait plus seulement au tennis, on se livrait à une guerre psychologique. "Tiens, mange ton Thwomp !", "Ah ouais ? Et ton invincibilité, tu te la carres où ?". C’était d’une violence verbale magnifique, le genre de moments qu'on ne vit qu'avec un pote qu'on connaît par cœur.
Et puis il y a ce mode aventure. Un truc bizarre, presque onirique, où Mario devient un bébé et doit réapprendre les bases pour retrouver sa forme adulte. C’est court, environ quatre heures, et c’est peut-être le point le plus faible pour ceux qui cherchent une épopée solitaire. Mais les cinématiques sont sublimes, elles montrent vraiment ce que la console a dans le ventre. C’est un bonus sympa, une sorte de tutoriel géant qui ne se prend pas au sérieux, même si j’aurais aimé un système de progression plus dense, un truc qui te donne vraiment l'impression de devenir un cador du circuit.
L'extase du duel aérien
Le gameplay ne s'arrête pas aux pouvoirs magiques. Si on enlève les raquettes frénétiques, on se retrouve avec un jeu de tennis d'une solidité effrayante. Le positionnement est vital. Si tu es mal placé, tu ne peux pas ramasser les balles éloignées comme dans Mario Tennis Aces. Ici, le jeu te punit pour ta paresse. Il faut anticiper, lire le jeu de l'autre, comprendre ses tics de langage corporel à travers son personnage.
J'ai passé des heures à essayer de maîtriser la frappe précise, celle où on appuie une seule fois au bon moment. Moins puissante, mais d'une précision chirurgicale. C’est là que la "grosse compét" avec mon pote a pris une tournure technique. On a arrêté de bourrer les touches comme des sourds pour commencer à placer nos balles avec une intention malveillante. On cherchait les lignes, on jouait avec les angles, on utilisait les rebonds accentués des lifts pour forcer l'autre à sortir du terrain.
C’est un langage à part entière. Un langage de sueur et de frustration. Quand tu réussis à renvoyer un effet adverse à la volée, c’est une petite victoire de l'âme. Tu sens que tu as pris l'ascendant psychique. Le jeu parvient à équilibrer parfaitement ce côté "party game" convivial et une profondeur de gameplay qui satisfera les plus acharnés d'entre nous. C'est un équilibre précaire que peu de jeux de sport arrivent à atteindre sans tomber dans la simulation aride ou le n'importe quoi total.
Autopsie d'une nuit de massacre entre potes
On a fini la nuit sur les rotules. Les yeux explosés par les couleurs saturées des stades, les doigts endoloris. Le mode en ligne fonctionne d'ailleurs nickel, pas un poil de lag pour venir gâcher la fête. Mais rien ne vaut le canapé avec son pote. Rien ne vaut de voir la décomposition de son visage quand tu lui sors un coup spécial sorti de nulle part alors qu'il pensait avoir gagné le point.
Ce Mario Tennis Fever est un piège. Il t'attire avec ses personnages mignons et ses couleurs chatoyantes, puis il te broie avec sa technicité et ses coups bas. On a débloqué des personnages, des stades, des nouvelles façons de jouer, et à chaque fois, c'était une nouvelle excuse pour relancer un match. C’est un titre généreux, qui sait récompenser l'investissement du joueur, même s'il ne révolutionne pas la roue du jeu de sport en solo.
Ce qui restera, au-delà des pixels et de la puissance de la Switch 2, c'est ce sentiment de communion électrique. Cette capacité qu'a Nintendo de nous faire redevenir des gosses compétitifs, prêts à tout pour une victoire dérisoire sur un court virtuel. On a ri, on a insulté nos ancêtres respectifs, et on a adoré chaque seconde de ce calvaire ludique. C'est ça, le vrai jeu vidéo : un truc qui te fait oublier l'heure, la fatigue et les factures pour ne te laisser que l'instant présent, la balle jaune et l'envie de triompher.
Verdict final
Graphismes
On ne parle pas ici d'une simple mise à jour cosmétique pour flatter la rétine des joueurs occasionnels, mais d'une débauche de textures et d'effets de particules qui font cracher ses poumons à la Switch 2 sans jamais bégayer, offrant une fluidité indécente même quand le terrain devient un champ de bataille psychédélique saturé de couleurs et d'attaques spéciales qui te brûlent les yeux.
Gameplay
C’est une danse brutale entre la précision chirurgicale d'un coup droit chargé et le chaos total injecté par ces raquettes frénétiques qui transforment chaque échange en une partie de roulette russe stratégique, où le positionnement millimétré compte autant que ta capacité à encaisser les crasses les plus infâmes sans balancer ta manette dans l'écran de TV.
Bande son
Une sorte de mélasse sonore fonctionnelle qui s'oublie plus vite qu'une défaite écrasante au tie-break, servant uniquement de tapis sonore aux exclamations hystériques de Mario et sa bande, sans jamais réussir à te graver une mélodie dans le crâne malgré des heures de martèlement auditif intensif.
Scénario
Un voyage onirique et un peu fauché avec un Mario en couches-culottes qui fait office de tutoriel de luxe, emballé dans des cinématiques qui tabassent mais qui te laisse un goût d'inachevé dans la bouche après seulement quatre heures de jeu à cause d'une structure qui manque cruellement de tripes et d'ambition.
Conclusion
Une drogue dure pour tes soirées entre potes qui te rappelle violemment pourquoi tu aimes détester ceux avec qui tu as grandi, un titre indispensable si tu cherches une excuse pour transformer ton salon en arène de gladiateurs moderne où seule la mauvaise foi triomphe.
Note finale : 17/20
Aurélien Hedouin
À propos de l'auteur : Aurélien Hedouin analyse l'évolution de la technologie sous l'angle de l'usage et de l'expérience utilisateur. Ayant exercé en tant que conseiller client pour de grandes enseignes de la tech en France, il possède une compréhension unique des attentes des consommateurs. Grand passionné de jeux vidéo depuis son plus jeune âge, il pilote aujourd'hui l'actualité et les tests de jeux vidéo pour Conseil Direct, alliant son expertise technique à sa culture du gaming.