Nioh 3 m'a arraché les tripes pour me rappeler que je suis encore debout

J'ai le cul entre deux chaises et les mains pleines de sang. Nioh 3, c'est ce genre de plaisir masochiste qui te donne envie de fracasser ta manette contre un mur avant de lui demander pardon en pleurant. Un paradoxe de métal et de boue qui m'a laissé vidé, rincé, mais étrangement vivant.

Nioh 3

Le réveil brutal dans l'ère de la paresse

On ne va pas se mentir, le début de l'aventure ressemble à un coup de poing dans les côtes. On nous balance dans la peau d'un certain Tokugawa Takeshio, futur Shogun dont le frangin a décidé de foutre le bordel en pactisant avec les Yo-kai. C’est classique, c’est brut, et ça pue le Japon médiéval fantastique à plein nez. Mais là où j’ai pris ma première claque (et pas la bonne), c’est sur ce fameux monde ouvert. On nous avait promis l’eldorado, on se retrouve avec un assemblage de niveaux de Nioh 1 et 2 collés avec de la bave et de l’espoir.

C’est plat. C’est vide. On est à des années-lumière de la maestria architecturale de ce que la concurrence a pu proposer ces dernières années. J'ai eu l’impression de parcourir un immense couloir déguisé en plaine. C'est le syndrome de la rallonge artificielle : on te force à explorer pour grappiller de l'XP parce que si tu ne le fais pas, le premier boss venu va t'arracher les tripes sans même te dire bonjour. J'ai passé des heures à nettoyer des camps de bandits et à chasser des esprits Yo-kai juste pour avoir le droit de ne pas mourir en un coup. C'est frustrant, c'est lent, et pourtant, il y a ce petit goût de reviens-y qui te tient à la gorge.

Nioh 3

La symphonie du fer et de la chair

Mais alors, quand le combat s'engage, tout le reste s'efface. Oubliez la mollesse des mondes ouverts génériques. Ici, le gameplay, c’est de l’orfèvrerie. C’est peut-être ce qui s’est fait de plus nerveux, de plus précis dans toute la licence. On retrouve nos vieilles habitudes : les postures haute, moyenne, basse, et cette gestion du "Ki" qui te fait suer à chaque pression de bouton. Mais la grosse nouveauté, c'est cette dualité entre le mode Samouraï et le mode Ninja.

D’un côté, tu as la lourdeur rassurante de la hache et du gourdin, de l’autre, la vélocité assassine du ninja. Passer de l’un à l’autre via R2, c’est comme changer de peau en plein milieu d’un massacre. C’est fluide, c’est instinctif. On contre des attaques spéciales avec une sauvagerie qui ferait passer un boucher pour un enfant de chœur. La symbiose entre les deux styles de jeu est une réussite totale. J’ai passé 50 heures à alterner entre la force brute et la précision chirurgicale, et jamais je ne me suis lassé de voir les membres voler. C’est l’aboutissement d’années de réglages, un système de combat qui tutoie la perfection.

Nioh 3

Le purgatoire des âmes perdues

Le jeu s'amuse avec tes nerfs grâce au "purgatoire". C’est une zone maudite où tout devient plus sombre, plus dur, plus sale. Les ennemis y sont des sacs à PV qui te retirent ta barre de vie maximale d'un simple revers de main. Pour la récupérer, une seule solution : taper. Encore et encore. C’est une fuite en avant permanente, un stress constant qui te force à être agressif. C’est là que le jeu révèle sa vraie nature : il ne veut pas que tu te caches, il veut que tu te battes pour chaque centimètre de survie.

L'exploration devient alors une quête de puissance nécessaire. On cherche les Kodamas comme des trésors de guerre pour obtenir quelques élixirs de plus. On récupère des noyaux d'âmes pour invoquer des démons, on jongle entre le Yin et le Yang pour optimiser chaque statistique. C'est la foire au loot, un bordel organisé où chaque pièce d'équipement peut faire la différence entre la victoire et une énième mort humiliante. Et les boss... Mon Dieu, les boss. Ils sont d'une violence inouïe. Certains m'ont bloqué pendant des heures, me forçant à retourner dans l'open world pour farmer comme un damné.

Nioh 3

Une esthétique de la désolation

Visuellement, le jeu ne va pas te décrocher la mâchoire avec ses textures. C'est parfois un peu daté, un peu terne. Mais l'enrobage sauve les meubles. Les effets de lumière, le brouillard volumétrique, la pluie qui s'écrase sur ton armure... Il y a un grain, une ambiance qui colle parfaitement au propos. C'est beau parce que c'est cohérent, pas parce que c'est techniquement irréprochable. La fluidité est au rendez-vous, et c'est tout ce qui compte quand tu dois esquiver une attaque à la frame près.

La bande-son, par contre, reste en retrait. Elle accompagne l'action, elle souligne la tension, mais elle ne te marquera pas. Elle fait le job, sans plus. C'est un peu le parent pauvre de cette expérience, un fond sonore nécessaire qui s'oublie aussitôt la console éteinte. Mais quand tu es concentré sur le rythme cardiaque de ton adversaire, tu n'as pas vraiment le temps de fredonner une mélodie.

Nioh 3

Verdict final

Graphismes
C'est pas la baffe technique de la décennie, mais les effets de lumière et l'ambiance sauvent la mise. C'est propre, fluide et ça a de la gueule.

Gameplay
Le sommet absolu de la série. La dualité Samouraï/Ninja est un régal de précision. Un feeling de combat inégalé qui justifie à lui seul l'achat.

Bande son
Efficace mais oubliable. Elle fait son boulot de fond sans jamais vraiment briller ou rester en tête.

Scénario
Plus présent et mieux mis en scène que par le passé, mais ça reste un prétexte pour découper du Yo-kai. Les cinématiques ont le mérite d'être classes.

Conclusion
Nioh 3 est un jeu schizophrène qui rate son virage en monde ouvert mais livre le meilleur système de combat de ces dernières années. Une agonie délicieuse.

Note finale : 17/20

Aurélien Hedouin

Aurélien Hedouin

À propos de l'auteur : Aurélien Hedouin analyse l'évolution de la technologie sous l'angle de l'usage et de l'expérience utilisateur. Ayant exercé en tant que conseiller client pour de grandes enseignes de la tech en France, il possède une compréhension unique des attentes des consommateurs. Grand passionné de jeux vidéo depuis son plus jeune âge, il pilote aujourd'hui l'actualité et les tests de jeux vidéo pour Conseil Direct, alliant son expertise technique à sa culture du gaming.