Audi sacrifie ses volumes pour sauver son futur électrique

Jan 14, 2026Par Conseil Direct
Conseil Direct

Derrière la baisse globale de 3 % des livraisons annuelles se cache une mutation structurelle profonde chez le constructeur d'Ingolstadt. Avec 1,6 million de véhicules écoulés en 2025, Audi encaisse le choc d'une transition énergétique brutale tout en voyant son offensive produit porter ses premiers fruits sur le segment des batteries.

Le paradoxe d'un carnet de commandes plein face à des volumes en berne
L'année 2025 restera dans les archives de la marque aux quatre anneaux comme celle d'un grand écart stratégique permanent. D'un côté, une érosion du volume total de ventes qui pourrait inquiéter les observateurs habitués à une croissance insolente. De l'autre, un carnet de commandes qui gonfle de 13 %, porté par une soif d'électrification inédite. Le constructeur bavarois semble avoir délibérément choisi de délaisser la course au volume pur pour se concentrer sur la rentabilité technologique, une décision périlleuse mais nécessaire dans un marché saturé par les tensions géopolitiques et la guerre des prix.

Il faut dire que le contexte extérieur n'a pas épargné le groupe. Entre une Chine devenue un champ de bataille pour les marques premium européennes et une politique tarifaire américaine instable, Audi a dû naviguer à vue pendant trois trimestres. Le salut vient pourtant de la prise de courant. Les chiffres sont sans appel. Avec plus de 223 000 véhicules 100 % électriques livrés, la firme enregistre une progression de 36 % sur ce segment. Ce n'est plus une simple tendance, c'est une bascule industrielle majeure.

La plateforme PPE sauve les meubles sur le segment premium

Le succès de cette mutation repose sur deux piliers techniques majeurs qui ont enfin trouvé leur public. L'Audi Q6 e-tron et l'Audi A6 e-tron portent désormais la marque. Le premier, véritable vitrine de la nouvelle plateforme PPE développée avec Porsche, a trouvé 84 000 preneurs. La berline A6 e-tron suit avec 37 000 unités, prouvant que l'efficience aérodynamique séduit encore une clientèle lassée par l'hégémonie des SUV. Cette dynamique se reflète directement dans les intentions d'achat puisque les commandes de modèles électriques ont bondi de 58 % en un an.

Pour comprendre l'ampleur du phénomène, il faut regarder du côté de l'Allemagne. Sur son marché domestique, la marque progresse de 4 % avec 206 000 véhicules vendus. Mais le véritable séisme est électrique. Les livraisons de modèles à batterie y ont explosé de 89 %, atteignant 41 000 unités. C'est la preuve que lorsque l'infrastructure suit, le produit Audi convainc techniquement. Le constructeur bénéficie ici de l'effet nouveauté de sa gamme, là où certains concurrents commencent à souffrir de cycles de vie trop longs et d'une technologie moteur dépassant rarement les attentes des puristes.

Audi A3
Audi A3. Source : Audi

La Chine et les Etats-Unis mettent la pression sur le modèle bavarois

Le tableau est cependant plus sombre en Amérique du Nord. Avec une chute de 12 % pour un total de 202 000 livraisons, Audi marque le pas face à une concurrence locale agressive. Malgré ce recul global, le segment électrique y établit un record avec 33 000 ventes, soit une hausse de 15 %. Le Canada sauve l'honneur de la région avec une croissance de 11 % et un volume historique de 37 000 unités. Cette disparité entre les États-Unis et son voisin du nord souligne la sensibilité extrême des acheteurs aux incitations fiscales fluctuantes.

L'Empire du Milieu reste le premier marché mondial d'Audi, mais aussi le plus complexe à manœuvrer. Avec 618 000 véhicules livrés, la marque subit un recul de 5 %. Certes, Audi conserve sa place de leader face à ses rivaux directs comme BMW ou Mercedes sur certains segments, mais la pression des constructeurs locaux oblige à une réaction rapide. Pour contrer cette érosion, Ingolstadt mise sur une offensive produit spécifique pour 2026. Des modèles à empattement long comme l'A6L, l'A6L e-tron et le Q5L, ainsi que l'inédit AUDI E7X, devront impérativement stopper l'hémorragie de parts de marché.

Audi Q5
Audi Q5. Source : Audi

Audi Sport en zone de turbulences avant l'offensive de 2026

L'analyse ne serait pas complète sans mentionner Audi Sport, le bras armé de la performance et de l'image de marque. Les livraisons ont chuté de 13 %, stagnant à 36 000 véhicules. Cette contre-performance n'est pas structurelle mais cyclique selon la direction. Le renouvellement des modèles phares a réduit temporairement la disponibilité des stocks en concessions. Marco Schubert, membre du Directoire en charge des Ventes, promet une contre-offensive majeure dès 2026. L'enjeu sera de prouver que l'ADN sportif de la marque peut survivre à la disparition progressive du moteur thermique haute performance au profit des ions.

En Europe, hors Allemagne, la stabilité est de mise avec 464 000 véhicules livrés. C'est un socle solide, d'autant que l'électrique y progresse de 40 % pour atteindre 113 000 unités. Audi semble avoir trouvé son rythme de croisière sur le vieux continent, s'appuyant sur des marchés dynamiques comme la Pologne, le Danemark ou la Turquie, cette dernière enregistrant une hausse globale de 28 %. D'autres zones géographiques émergent de façon spectaculaire avec l'Argentine affichant une croissance de 77 % et l'Égypte progressant de 21 %.

Audi termine l'année 2025 sur une note d'espoir grâce à un quatrième trimestre solide. La transition est douloureuse, les volumes totaux s'effritent légèrement, mais la qualité du mix de ventes s'améliore. Le constructeur a réussi à transformer son catalogue pour répondre aux exigences de la réglementation ACEA tout en préparant le terrain pour une année 2026 qui s'annonce comme celle de la vérité technique. La dynamique de septembre à décembre laisse présager un retour à la croissance si la production suit enfin la cadence imposée par le carnet de commandes.