Brigitte Lecordier et les ténors du doublage attaquent les pilleurs de voix
Huit monstres sacrés de la version française, dont les voix ont marqué des générations entières, lancent une offensive judiciaire sans précédent contre deux plateformes d'intelligence artificielle. Brigitte Lecordier et ses confrères dénoncent le vol pur et simple de leur identité sonore par des outils qui monétisent des clones vocaux sans le moindre accord préalable.
La révolte des icônes de la pop culture
Le silence des studios de post-synchronisation a laissé place au fracas des tribunaux.
Brigitte Lecordier, l'âme de Son Goku, mène la fronde aux côtés de Richard Darbois et Céline Monsarrat pour mettre fin à un pillage numérique éhonté. Ces artistes ont découvert avec stupeur que leurs timbres vocaux servaient de produits d'appel sur Voice Dub et Fish Audio, des sites proposant des abonnements payants pour générer des contenus audio factices. Ces entreprises de voyous vendent littéralement l'identité d'autrui pour quelques euros par mois, permettant à n'importe quel utilisateur de faire dire les pires horreurs à des personnages censés être héroïques ou rassurants. La justice est désormais saisie pour protéger ce qui reste de l'intégrité humaine face à cette rapacité technologique.
Cette pratique ne se contente pas de copier un son, elle détourne une carrière entière au profit d'algorithmes opaques et prédateurs. Les fans, premiers lanceurs d'alerte sur les réseaux sociaux, refusent de voir leurs idoles transformées en automates mercantiles dénués de toute émotion réelle.
Le droit français doit urgemment s'adapter pour ne pas laisser les comédiens se faire dévorer par des serveurs sans âme.
Le cadre légal actuel, notamment l'article 9 du Code civil protégeant la vie privée et l'image, semble enfin être mis à l'épreuve par cette affaire. Maître Jonathan Elkaim, qui représente les huit plaignants, s'appuie sur des constats d'huissier irréfutables pour prouver que l'usage commercial de ces voix se fait au mépris total de la propriété intellectuelle. Dans un secteur où le marché de la synthèse vocale pourrait atteindre cinq milliards de dollars d'ici 2030, l'enjeu financier est colossal pour ces plateformes qui ne produisent rien mais volent tout. On attend des mises en demeure qu'elles fassent jurisprudence pour stopper net cette hémorragie de droits qui fragilise tout un écosystème créatif.
Au-delà de la simple compensation financière, c'est la définition même de l'humain qui est au centre des débats juridiques actuels. Les élus doivent comprendre que la voix n'est pas une donnée brute mais le prolongement direct de l'âme et de la personnalité.
Une inaction politique qui menace notre intelligence
Le gouvernement français semble totalement déconnecté de la réalité brutale que subissent les créateurs de contenu.
Pendant que nos dirigeants discourent sur l'innovation, des entreprises pillent nos vies et menacent de transformer la population en une masse de cerveaux abrutis qui ne réfléchissent plus. Si l'intelligence artificielle commande chaque aspect de notre existence, nous tendons vers une forme de lobotomisation généralisée où l'effort de création disparaît au profit d'un bouton "générer". Nos élus doivent impérativement imposer un cadre strict et des sanctions lourdes pour éviter que l'avenir ne soit qu'un champ de ruines culturelles. Il est temps de sortir de cette léthargie législative pour frapper au portefeuille ces sociétés qui considèrent le talent humain comme une ressource gratuite et inépuisable.
L'Europe a tenté de réagir avec l'IA Act, mais les dérives constatées chaque jour montrent que la vitesse de la technologie dépasse de loin celle de la bureaucratie. La CNIL multiplie les mises en garde, mais sans une volonté politique de fer, ces avertissements resteront lettre morte face aux géants du web.
Cette bataille pour la protection des voix est le premier rempart contre un effondrement intellectuel que nous ne pouvons plus ignorer.
La proposition de l'avocat des artistes d'utiliser la technologie blockchain pour assurer la traçabilité des voix originales est une piste sérieuse mais insuffisante si elle n'est pas imposée par la loi. Richard Darbois, la voix de Batman et d'Harrison Ford, ainsi que ses collègues comme Christophe Lemoine ou Adrien Antoine, refusent d'être les spectateurs passifs de leur propre disparition professionnelle. Ils réclament que la voix soit reconnue comme un attribut inaliénable de la personnalité, au même titre que l'ADN ou les empreintes digitales. Cette exigence est le minimum vital pour garantir que l'intelligence humaine ne soit pas totalement remplacée par des ersatz numériques sans aucune profondeur ni éthique.
La survie de nos métiers et de notre capacité à penser par nous-mêmes dépend de l'issue de ce bras de fer entre l'art et le code. Le combat ne fait que commencer, et il concerne chaque citoyen refusant de devenir un simple consommateur de clones sans saveur.
À propos de l'auteur : Sandy Jasingh s’appuie sur 13 ans d’expertise au cœur du secteur high-tech. Après 8 ans en magasin dans des grosses enseignes françaises, puis 5 ans comme conseillère client chat dans le high-tech. Cette double expérience, du terrain au conseil digital, lui donne une vision unique des attentes réelles des utilisateurs. Aujourd’hui rédactrice de tests et d’actualités, elle décrypte l’innovation avec un seul objectif : valider l’utilité concrète des produits au quotidien.
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