Carbon impose sa structure brute
Le studio Hardwired refuse de maquiller ses failles et livre une vision chirurgicale du ARPG cyberpunk. Entre l’obsession du système et une indépendance financière farouche, ce projet s’extrait du marasme ambiant en misant tout sur une base technique à nu. Voici l’analyse d’un squelette qui possède déjà des dents.
Le premier coup de lame vibre encore dans mon poignet alors que l'écran n'affiche que des parallélépipèdes gris sans texture. C'est l'épure totale, le squelette d'un prédateur mis à nu avant qu'on ne lui greffe une peau de néon et de chrome. Cette sensation de fluidité immédiate, alors que le décor n'existe virtuellement pas, trahit une maîtrise technique que l'on ne croise plus que chez les vieux briscards du code.
La dictature du système fonctionnel
La forme suit la fonction avec une violence chirurgicale.

Hardwired Studios refuse catégoriquement de vendre de la fumée visuelle ou des cinématiques pré-calculées pour masquer le vide. Contrairement aux projets qui s'effondrent dès que l'on gratte le vernis 4K, ce titre s'expose en "whitebox". C’est un choix de puriste, presque arrogant. On teste l’inertie, la hitbox, la courbe d’expérience et le rythme cardiaque du gameplay avant même de décider si le ciel sera mauve ou bleu électrique. Cette méthode rappelle les prototypes de l'époque où le plaisir de jeu était la seule variable d'ajustement. En se focalisant sur les systèmes fondamentaux, l'équipe évite le piège des productions boursouflées pour bâtir une colonne vertébrale capable de supporter des centaines d'heures de progression.
Cette rigueur technique n'est pas qu'un caprice de développeur, c'est une promesse de stabilité pour ceux qui exigent une réponse immédiate au clic, sans la moindre latence parasite.
L’exil hors du royaume de la fantasy
Le fer et le chrome remplacent enfin la magie poussiéreuse.

Regardez le paysage actuel de l’Action-RPG et essayez de ne pas étouffer sous les capes en cuir et les incantations médiévales. Entre un Path of Exile 2 qui peaufine sa dark fantasy et les innombrables clones de Diablo, ce projet choisit la rupture thématique totale. Le cyberpunk n'est pas ici un simple filtre esthétique, mais un levier de différenciation brutale. En injectant de la science-fiction là où tout le monde recycle du Tolkien, Hardwired Studios s'attaque à une niche où la soif de nouveauté est devenue une question de survie. Le feeling des combats doit retranscrire cette brutalité technologique, loin des boules de feu traditionnelles, pour imposer une identité propre.
Mais un univers original ne suffit pas à alimenter les serveurs ou à polir les derniers milliers de lignes de code sans un soutien logistique massif.
Le pari de l’indépendance souveraine
Quarante mille âmes attendent déjà au portillon de Steam.

Le studio ne débarque pas les mains vides pour quémander quelques millions de dollars. Avec une démo déjà éprouvée par des dizaines de milliers de joueurs, le projet affiche une maturité rare pour de l'indépendant autofinancé. Łukasz Kubiak souligne avec justesse la solidité des documents de conception, prouvant que nous ne sommes pas face à des rêveurs égarés, mais devant des professionnels qui connaissent le prix du bitume. L'ouverture du capital à des partenaires stratégiques n'est pas un aveu de faiblesse, mais un accélérateur de particules. L'objectif est limpide : sécuriser une phase de production intensive pour transformer ce prototype fonctionnel en une machine de guerre commerciale.
Il reste maintenant à transformer cet essai technique en un produit fini capable de tenir tête aux rouleaux compresseurs qui dominent les listes de souhaits mondiales.
Le verdict des chiffres et du sang
Carbon possède cette arrogance nécessaire aux grandes œuvres.

Le titre ne s'excuse de rien, surtout pas de montrer ses entrailles. La barre des 40 000 listes de souhaits sur Steam n'est qu'un indicateur parmi d'autres de la faim des joueurs pour un gameplay qui ne triche pas. Si Hardwired Studios parvient à maintenir cette exigence de fluidité tout en habillant son monde de la direction artistique promise, le genre pourrait tenir son nouveau mètre étalon. C’est un pari sur l’intelligence du joueur, celui qui préfère un système de combat impeccable à une forêt de pixels inutiles. Le studio a les cartes en main, le financement fera office de carburant pour cette machine qui tourne déjà à plein régime.
La trajectoire est tracée, nette et sans bavure, loin des compromis habituels qui finissent par lisser toutes les aspérités d'un projet ambitieux.
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