Hypnos nous entraîne dans une fièvre lovecraftienne dont personne ne reviendra indemne
Le studio lyonnais Redlock sort l’artillerie lourde pour nous extirper de notre léthargie habituelle. Avec leur nouveau projet, ils s’attaquent aux recoins les plus sombres de notre inconscient collectif. On parle de cités sans nom et de monarques spectraux. La promesse est aussi toxique qu’envoûtante pour quiconque a déjà perdu son âme dans les méandres de la fantasy cryptique.
L’esthétique radicale d'une cité sans nom
Redlock Studio ne fait pas dans la dentelle quand il s'agit de bâtir des cathédrales de pixels malades.

On se souvient tous de la gifle visuelle reçue avec Shattered Tale of the Forgotten King. C’était beau, c’était grand, mais c’était parfois désespérément vide, comme une superbe carlingue sans moteur. Cette fois, les Français semblent avoir compris que l’emballage ne suffit pas. Ils ont recruté ALT236 pour la bande-son, et si vous connaissez le bonhomme, vous savez que vos oreilles vont ramasser. On parle d’ambient électronique, de sonorités rétro qui grattent la nuque et d’une immersion sonore pensée comme un rituel occulte. C'est un choix brillant, presque trop cohérent pour être honnête, qui place d’emblée le titre dans une niche artistique où peu de concurrents osent s'aventurer sérieusement aujourd'hui.
L'ambiance n'est pas qu'un simple décor de théâtre ici. Elle suinte par tous les pores de la Cité sans Nom, ce labyrinthe onirique où la réalité se déchire dès qu'on tourne le regard.
Le poids des mots contre la folie des grandeurs
On ne discute pas avec les ombres sans y laisser quelques plumes.

La grande force réside dans ce système de dialogues à arguments. On sort enfin de la bête roue de discussion pour entrer dans une joute verbale où nos choix de mots pèsent autant qu'une lame d'acier. Le studio promet des scénarios à embranchements et des fins alternatives, une structure qui rappelle les meilleurs moments d'un RPG à l'ancienne tout en restant ancré dans une vue à la première personne. Modifier la matière même des rêves pour transformer son environnement n'est pas seulement un gadget visuel. Cela force le joueur à regarder au-delà de l'horizon immédiat, à déceler les couches de réalité qui se superposent dans ce chaos organisé que les développeurs ont patiemment mis en place.
C'est cette interaction physique avec l'intangible qui pourrait faire la différence entre une simple déambulation et une véritable épopée psychologique.
Une réponse cruelle à la sagesse des productions triple A
Pendant que les mastodontes du secteur nous servent de la bouillie pré-mâchée, Redlock prend le risque de nous perdre.

On pense forcément à Scorn pour le malaise viscéral ou à The Forgotten City pour l'intelligence de l'écriture. Mais Hypnos possède cette identité brute, typiquement européenne, qui refuse de prendre le joueur par la main. Ce n'est pas un titre pour les touristes du dimanche. Le monde semi-ouvert exige une implication totale, une volonté de se perdre pour mieux se trouver. On sent l'influence directe des Maze Chronicles, cet univers tentaculaire que le studio peaufine d'œuvre en œuvre avec une obstination presque effrayante. C’est ambitieux, peut-être trop pour le commun des mortels, mais c’est précisément ce grain de folie qui manque à une industrie souvent trop frileuse pour oser le bizarre pur et dur.
Le pari est risqué mais le jeu en vaut la chandelle si l'on veut enfin ressentir ce frisson de l'inconnu qui se raréfie sur nos écrans.
Un rendez vous avec nos pires cauchemars
Préparez vos médicaments, le réveil va être brutal.

On attendait Redlock au tournant après les errances techniques de leurs débuts. Hypnos se présente comme le projet de la maturité, celui qui doit transformer l'essai et prouver que la direction artistique démente du studio peut cohabiter avec une narration solide. La présence de la Cité sans Nom sur PC et consoles cette année marque une étape importante pour la scène indépendante française. Si les promesses de transformation de l'environnement tiennent la route, on tient peut-être là le successeur spirituel des grandes œuvres lovecraftiennes que le jeu vidéo peine souvent à adapter sans tomber dans le cliché des tentacules.
Il ne reste plus qu'à voir si le garçon qui hante nos songes mérite vraiment qu'on traverse l'enfer pour lui.
Lien vers la page Steam d'Hypnos : https://store.steampowered.com/app/2861210/HYPNOS/