Je sens déjà que l'obscurité d'Asthenia va me hanter bien après avoir posé la manette
Adam n'est pas un héros mais un survivant projeté dans une dimension qui se dévore elle-même sous le regard de dieux oubliés. Entre les ruines industrielles et la corruption qui ronge le paysage, ce titre indépendant nous promet une errance où la foi se heurte à des choix qui ne pardonnent jamais. Préparez-vous à une immersion totale dans un monde mourant où le moindre faux pas pourrait être votre dernier souvenir.
Une immersion sans filet dans les entrailles de la déchéance
L'indé nous balance parfois des projets qui sentent le bitume et le sang.
Pour tout vous dire, l'univers d'Asthenia me fait penser à une plaie ouverte qui refuse de cicatriser, nous forçant à incarner Adam au milieu d'une guerre qui ne finit jamais. On explore des cités fantômes et des temples dont l'architecture semble hurler la douleur des civilisations disparues à cause d'une maladie mystérieuse. Le Gantelet Antique devient notre seul phare dans cette brume, servant à la fois de masse pour briser des crânes difformes et de clé pour manipuler une technologie primordiale totalement déroutante. Chaque ressource énergétique devient alors un trésor inestimable qu'il faut gérer avec une parcimonie frôlant la paranoïa la plus totale.

C'est là que ça devient intéressant car le jeu refuse catégoriquement de nous prendre par la main pour nous indiquer le chemin à suivre.
Le pari risqué d'une liberté totale sans aucune assistance
Le silence radio de l'interface est une bénédiction pour certains et un cauchemar pour d'autres.
J'ai été scotché par la décision radicale de Manthos Lappas de supprimer toute forme de mini-carte ou de marqueur de quête pour nous laisser seuls face à notre intuition. On progresse à l'instinct, en déchiffrant des symboles gravés sur les murs ou en écoutant les murmures qui s'échappent des recoins les plus sombres de cette dimension parallèle. Cette approche demande une attention de chaque instant où la mémoire visuelle remplace les aides habituelles qui ont tendance à nous endormir dans les productions plus conventionnelles. L'exploration devient alors une épreuve de force mentale où l'on doit littéralement mériter chaque parcelle de vérité découverte sur l'origine du mal.

On ne va pas se mentir, cette absence de guide est le meilleur moyen de renforcer une atmosphère oppressante qui ne vous lâche jamais d'une semelle.
L'équilibre fragile entre esthétique et sensations de jeu
Un bel emballage ne suffit pas si le contenu manque de nerf.
D'après les premiers retours visuels, le titre tourne sous Unreal Engine 5 et affiche un rendu globalement correct, sans pour autant nous décrocher la mâchoire comme un triple A survitaminé. Soyons honnêtes, le jeu me paraît "ok tiers" graphiquement, ce qui n'est pas un drame si la direction artistique parvient à compenser le manque de polygones par une ambiance travaillée. Ce qui m'inquiète davantage, c'est la lourdeur potentielle du personnage principal une fois que l'action s'emballe au milieu des décombres et des monstres. On a tous en tête cette sensation de piloter un 36 tonnes en armure assistée dans Fallout 4, et c'est exactement ce que je redoute le plus ici.

J'espère de tout cœur que le gameplay sera suffisamment énergique pour offrir des combats fluides et réactifs malgré l'aspect massif du Gantelet Antique.
Une trame narrative qui doit éviter l'écueil de l'ennui
Le scénario est le ciment qui doit faire tenir toute cette architecture de souffrance.
Le récit se fragmente à travers des lettres abandonnées et des échos du passé, une méthode qui a fait ses preuves mais qui peut vite devenir soporifique si elle manque de souffle. On nous promet trois fins différentes façonnées par nos décisions, ce qui laisse espérer une profondeur réelle dans les enjeux personnels d'Adam pour retrouver celle qu'il aime. Si l'écriture n'est pas à la hauteur, on risque de se retrouver avec une aventure d'un chiant possible, malgré tout l'enrobage mystique et les dieux ancestraux qui rôdent. Le studio doit donc transformer l'essai en rendant chaque interaction significative pour que le joueur ne se sente pas simplement comme un touriste dans un musée de la tristesse.

Pour tout vous dire, j'attends de voir si les dialogues internes d'Adam sauront apporter cette étincelle de vie nécessaire à une expérience aussi sombre.
La promesse d'une aventure personnelle et impitoyable
La mort n'est qu'un commencement pour ceux qui osent défier les anciens dieux.
Asthenia se présente comme une œuvre viscérale, née d'une vision très personnelle de son créateur qui souhaite remettre l'expérimentation au cœur de l'expérience vidéoludique. Ce n'est pas juste un jeu d'aventure de plus, c'est une proposition qui nous demande de nous investir émotionnellement et intellectuellement pour voir le bout du tunnel. Le combat rapproché s'annonce exigeant, nous forçant à analyser chaque pattern ennemi avant de frapper avec notre relique tout en surveillant notre jauge d'énergie comme le lait sur le feu. C'est cette tension permanente entre la fragilité de notre condition humaine et la puissance brute du gantelet qui pourrait faire la différence sur la durée.

J'ai vraiment hâte de voir si le titre parviendra à transformer son atmosphère pesante en un voyage véritablement mémorable et électrisant pour nos nerfs.
À propos de l'auteur : Aurélien Hedouin analyse l'évolution de la technologie sous l'angle de l'usage et de l'expérience utilisateur. Ayant exercé en tant que conseiller client pour de grandes enseignes de la tech en France, il possède une compréhension unique des attentes des consommateurs. Grand passionné de jeux vidéo depuis son plus jeune âge, il pilote aujourd'hui l'actualité et les tests de jeux vidéo pour Conseil Direct, alliant son expertise technique à sa culture du gaming.
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