Kejora brise le silence et humilie les blockbusters paresseux

Jan 15, 2026Par Conseil Direct
Conseil Direct

Oubliez la routine des productions sans âme et les mécaniques de jeu recyclées jusqu'à la nausée par les géants du secteur. Avec Kejora, le studio Berangin Creative sort enfin de l'ombre après cinq ans d'une gestation tumultueuse pour nous jeter brutalement dans une boucle temporelle rurale. Ce n'est pas juste un petit titre de plus sur votre console, c'est un cri artistique venu d'Indonésie qui refuse de suivre les sentiers battus.

Le revirement viscéral d'un studio qui a tout risqué

On ne change pas de trajectoire en plein vol sans laisser quelques plumes sur le bitume numérique.

À l'origine, le projet Kejora ressemblait davantage à un défouloir nerveux, un titre de tir et de course qui aurait pu se noyer dans la masse des productions indépendantes interchangeables. Berangin Creative, autrefois simple sous-traitant pour l'animation, a pourtant eu le cran de tout balancer par-dessus bord en 2020 pour embrasser une narration lente et exigeante. Ce revirement radical explique sans doute pourquoi le développement a traîné pendant une demi-décennie, mais le résultat actuel justifie amplement cette attente fiévreuse. On sent la patte d'une équipe qui maîtrise son pinceau bien plus que ses fusils virtuels, transformant chaque écran en une toile vivante où le détail prime sur le dynamisme brut. Cette mutation témoigne d'une maturité rare dans un milieu où l'on préfère souvent sortir un produit bancal plutôt que de revoir sa copie de fond en comble.

Le studio a pris le risque de perdre son identité première pour en forger une nouvelle, bien plus précieuse et personnelle, loin des modes passagères du marché global.

La claque visuelle indonésienne qui occulte une réalité cyclique

L'esthétique dessinée à la main ne se contente pas de flatter la rétine, elle sert un propos bien plus sombre.

Kejora
Kejora. Source : Berangin Creative

Là où des titres comme Gris ou Spiritfarer utilisaient l'art pour souligner le deuil, Kejora s'en sert pour piéger le joueur dans un village indonésien apparemment idyllique mais condamné à revivre la même journée. Les animations, d'une fluidité organique, contrastent violemment avec l'aspect répétitif de la vie des habitants, ignorants de leur condition de prisonniers du temps. La force du titre réside dans sa capacité à instaurer une atmosphère pesante malgré ses couleurs chatoyantes, rappelant les meilleures heures des films de genre où le malaise s'insinue par les détails du quotidien. Naviguer dans ces décors devient une expérience sensorielle où chaque énigme résolue semble être un coup de canif dans le voile de cette réalité factice. Chaque interaction avec l'environnement nous rapproche d'une vérité que le village semble vouloir étouffer sous son calme de façade.

Il ne s'agit pas simplement de pousser des caisses ou de sauter de plateforme en plateforme pour passer le temps, mais de démanteler un mensonge collectif.

Une mécanique de groupe qui balaie les poncifs du genre

Seule, Kejora n'est qu'une enfant perdue, mais accompagnée, elle devient une force de changement.

Kejora
Kejora. Source : Berangin Creative

Le gameplay s'appuie sur une coopération intelligente avec deux compagnons dotés de capacités spécifiques, évitant ainsi l'écueil du personnage omnipotent qui sait tout faire. Cette structure en trio oblige à repenser la progression non pas comme un défi individuel, mais comme une chorégraphie collective où la complémentarité est la clé de la survie. Contrairement à beaucoup d'aventures narratives qui sacrifient le jeu sur l'autel du récit, ici, la réflexion est constante et les énigmes demandent un investissement réel. Le studio a su équilibrer la difficulté pour que l'on ne se sente jamais bloqué par frustration, tout en maintenant une tension nécessaire pour nous pousser vers la résolution du mystère final. L'intégration de ces alliés apporte une profondeur tactique bienvenue qui manque cruellement à la majorité des productions actuelles.

On ne se contente pas de suivre une histoire écrite à l'avance, on la construit activement par des actions combinées qui demandent un minimum de jugeote.

Le triomphe de la singularité sur l'industrie du vide

Regardons la vérité en face, Kejora met une gifle monumentale aux productions calibrées par des algorithmes.

Kejora
Kejora. Source : Berangin Creative

Face à des géants qui ne jurent que par la rentabilité immédiate, Berangin Creative livre une œuvre singulière, pétrie de culture locale et d'ambition narrative. On pense inévitablement à Outer Wilds pour la structure temporelle, mais avec une approche visuelle beaucoup plus intime et ancrée dans une réalité géographique précise. Le fait que le jeu soit disponible sur toutes les plateformes, de la Switch à la Xbox, montre une volonté de ne laisser aucun joueur sur le carreau, malgré les contraintes techniques évidentes pour un petit studio. C'est le genre de projet qui rappelle pourquoi on aime le jeu vidéo, pour cette capacité à nous surprendre quand on pensait avoir déjà tout vu et tout joué. Le pari est réussi haut la main, faisant de cette sortie un moment fort pour quiconque possède un minimum de goût pour les expériences marquantes.

Lien vers la page Steam de Kejora : https://store.steampowered.com/app/1410400/Kejora/