L'étau se resserre sur le commerce agentique et les géants de l'intelligence artificielle

Feb 02, 2026Par Sandy Jasingh, Experte Tech
Sandy Jasingh, Experte Tech

L'Autorité française de la concurrence vient d'ouvrir une vaste consultation publique pour encadrer les dérives potentielles de l'IA dans nos achats. Les acteurs du numérique ont jusqu'au 6 mars 2026 pour répondre aux interrogations pressantes du régulateur sur l'avenir de la consommation.

Le risque d'un monopole algorithmique sur nos transactions quotidiennes

L'intelligence artificielle s'apprête à vider nos portefeuilles sans même nous demander notre avis explicite au moment du paiement.

L'administration de régulation nationale ne cache plus son inquiétude face à la vitesse de déploiement de ces nouveaux outils d'achat automatisés. Le 29 janvier 2026, elle a lancé un questionnaire de 27 points destiné à comprendre comment des services comme ChatGPT ou Gemini transforment les habitudes de consommation. Cette démarche fait suite à une auto-saisine marquant la troisième phase d'un audit entamé en 2024 sur les modèles de langage et leur impact structurel. Les autorités craignent que les géants du cloud utilisent leur position pour verrouiller le marché en favorisant systématiquement leurs propres services intégrés. L'enjeu est colossal puisque le marché mondial du e-commerce devrait culminer à 8 000 milliards de dollars dès cette année selon les dernières prévisions financières.

Cette offensive administrative témoigne d'une volonté farouche de ne pas abandonner les clés du coffre aux seules mains des entreprises de la Silicon Valley. L'objectif est de garantir que l'innovation ne serve pas de prétexte à une capture définitive de la valeur par quelques plateformes hégémoniques.

La disparition programmée des petits e-commerçants face aux modèles de langage

Le glas sonne pour les boutiques indépendantes qui espéraient encore exister grâce à la recherche classique sur le web.

Mon analyse d'expert sur ce basculement technologique est sans appel : si nous laissons les grands modèles de langage dicter les flux, le petit commerce numérique va mourir. Dans un horizon de cinq à dix ans, les consommateurs n'utiliseront plus de navigateurs pour comparer des prix mais délégueront cette tâche à des assistants conversationnels omniscients. Ces outils ne mettront en avant que les partenaires capables de payer des commissions ou de s'intégrer techniquement à leurs standards opaques. Nous assistons à une reproduction de l'hécatombe des commerces de centre-ville physiques, mais transposée cette fois dans l'univers digital. Le monde se dirige vers une structure capitaliste où une centaine de multinationales font la pluie et le beau temps en appauvrissant le reste de la population.

La visibilité sur des plateformes comme Gemini devient le nouveau champ de bataille où les petits joueurs n'ont absolument aucune chance de survie financière. Il devient impossible de lutter contre des algorithmes qui gèrent l'intégralité du tunnel d'achat, de la découverte initiale jusqu'à la transaction finale.

Des standards techniques comme nouveaux remparts de la concurrence

Acheter ses croquettes pour chat via un chatbot devient la norme pour une population en quête permanente de gain de temps.

Selon les données récentes de l'organisation Ecommerce Nation, le commerce agentique pourrait représenter 30 % des ventes mondiales d'ici 2030. Pour éviter un chaos concurrentiel, des protocoles comme le Universal Commerce Protocol (UCP) tentent d'imposer une langue commune entre les IA et les boutiques en ligne. Le régulateur examine de près ces initiatives privées pour vérifier qu'elles ne deviennent pas de nouveaux outils de contrôle exclusifs entre les mains des plus forts. Elle s'interroge aussi sur la capacité des marques à refuser d'être citées par une intelligence artificielle sans pour autant disparaître des radars numériques mondiaux. La question de la rémunération, qu'elle passe par la publicité ou par des abonnements, reste le point de friction majeur pour assurer une neutralité réelle.

Le questionnaire publié par l'Autorité de la concurrence explore ainsi les recoins les plus sombres de ces alliances stratégiques entre fournisseurs de modèles et commerçants. Sans une interopérabilité stricte, les barrières à l'entrée deviendront infranchissables pour quiconque ne possède pas ses propres serveurs de calcul massifs.

L'urgence d'une réponse politique face à la mutation du commerce global

Le libre arbitre du consommateur s'efface désormais derrière la performance brute d'un algorithme entraîné pour optimiser les marges des plateformes.

Le gendarme français a compris que le lien entre les assistants conversationnels et les moteurs de recherche doit être traité avec une vigilance extrême dès aujourd'hui. Si l'on permet à un outil de recherche de devenir un supermarché fermé, le concept même de web ouvert disparaîtra au profit d'écosystèmes privatifs étanches. La consultation actuelle sert à dresser un panorama de la chaîne de valeur pour éviter un effet de cascade monopolistique dévastateur pour l'économie réelle. Les résultats de cette enquête, attendus pour la fin de l'année 2026, définiront les règles du jeu pour la prochaine décennie de consommation mondiale. Il ne s'agit plus de savoir si la technologie va changer nos vies, mais de décider si nous conservons un semblant de contrôle.

La concentration des pouvoirs numériques actuelle ne laisse que peu de place à l'optimisme si le cadre législatif ne s'adapte pas à la vitesse de l'éclair. Le futur du commerce se joue maintenant, entre les lignes de code des agents qui décideront bientôt de ce que nous achetons.

À propos de l'auteur : Sandy Jasingh s’appuie sur 13 ans d’expertise au cœur du secteur high-tech. Après 8 ans en magasin dans des grosses enseignes françaises, puis 5 ans comme conseillère client chat dans le high-tech. Cette double expérience, du terrain au conseil digital, lui donne une vision unique des attentes réelles des utilisateurs. Aujourd’hui rédactrice de tests et d’actualités, elle décrypte l’innovation avec un seul objectif : valider l’utilité concrète des produits au quotidien.

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