La jungle de l'ennui se profile avec The Great Indian Safari sur PC
Le studio Flying Robot vient de lever le voile sur sa simulation de photographie animalière en Inde. Si l'idée de sauver des tigres avec un objectif au poing est séduisante, le premier aperçu technique me laisse une impression de malaise profond face à un projet qui semble avoir dix ans de retard.
Une vision de la conservation coincée dans le passé
Ce projet arrive avec la grâce d'un éléphant dans un magasin de porcelaine numérique.
Le studio tente de nous vendre une gestion complexe où la survie du tigre du Bengale dépendrait de nos talents de photographe de l'extrême. On nous parle de restaurer des zones humides et des forêts de sal pour attirer des rhinocéros, tout en gérant une horde de touristes assoiffés de clichés viraux. Sur le papier, l'idée de lier la santé d'un écosystème à la qualité d'une prise de vue est assez maligne pour titiller mon vieux flair de testeur. On est censé jongler entre les exigences des défenseurs de la nature et le portefeuille des visiteurs en quête d'adrénaline.

Pour tout vous dire, j'ai toujours eu un faible pour les jeux qui tentent de sensibiliser à la cause animale sans passer par la case zoo de quartier. C'est là que ça devient intéressant, car l'intention de départ semble honnête et ancrée dans une réalité culturelle indienne trop rare sur nos écrans.
Le spectre d'une réalisation technique aux fraises
On ne va pas se mentir, la douche est glacée dès que l'on regarde la bande-annonce de gameplay.
En cette année 2026, nos rétines sont habituées à une fidélité visuelle qui frise la perfection, mais ici, tout semble figé dans une autre époque. Les textures de la faune et les environnements que nous montre le studio basé à Calcutta accusent un retard technologique qui me laisse totalement de marbre. J'ai l'impression de voir une version au rabais de Jurassic World Evolution, amputée de ses dinosaures et de son budget colossal pour ne garder qu'une structure rigide. Les animations des léopards manquent de cette fluidité féline que j'attends d'un titre qui mise tout sur l'observation contemplative et la photographie de précision.

Soyons honnêtes, la comparaison avec les ténors du genre fait mal, très mal, surtout quand on connaît le niveau d'exigence actuel des joueurs sur Steam. C'est le genre de réalisation qui pourrait condamner une excellente idée avant même qu'elle ne sorte des cartons de production.
La mécanique du cliché parfait entre survie et buzz
La mécanique de la photo idéale est pourtant le seul moteur qui pourrait sauver l'ensemble du naufrage.
Le système de notation des clichés prend en compte la rareté de l'espèce, la lumière de l'heure dorée et même le danger encouru par l'utilisateur. Si vous parvenez à immortaliser une scène de chasse, l'impact médiatique génère un afflux massif de visiteurs pendant trois jours consécutifs, boostant votre réputation de manière drastique. Le titre intègre également des créatures de légende comme Fantôme, un tigre blanc qui ne se montre qu'aux plus patients d'entre nous sous certaines conditions météo. C'est une couche de gameplay qui rappelle les grandes heures de Pokémon Snap, transposée dans un contexte de gestion environnementale sérieux.

J'ai été scotché par l'audace de vouloir automatiser la gestion du personnel en pool pour nous laisser nous concentrer uniquement sur la stratégie et le cadrage. C'est un pari risqué qui cherche à éliminer la microgestion souvent rébarbative dans ce type de production indépendante pour favoriser l'immersion sensorielle.
Un écosystème ambitieux face à la dure réalité du marché
Le studio joue la carte de l'authenticité locale pour tenter de se démarquer du tout-venant.
Satyajit Chakraborty n'en est pas à son coup d'essai et il utilise le moteur Unity pour donner vie à ces paysages de mangroves et de prairies du Teraï. On sent une volonté farouche de montrer une Inde que les grosses productions boudent systématiquement, loin des clichés habituels des cartes postales touristiques. Malheureusement, l'ambition culturelle ne remplace pas une technique solide, surtout quand on s'attaque à un marché de la simulation aussi saturé et exigeant. La réalité des efforts de conservation en Inde mérite un écrin bien plus brillant que ce que nous avons sous les yeux actuellement.

La passion du créateur transparaît dans ses discours sur la mégafaune charismatique, mais l'exécution visuelle semble déjà appartenir au siècle dernier. On se demande si le public suivra une proposition qui semble si datée malgré un fond qui ne manque pas de noblesse et de pertinence.
Mon verdict sur ce safari déjà enlisé
Pour moi, le jugement est déjà tombé et il n'est pas tendre du tout.
Je sens venir le bel étron de merde de rhinocéros que l'on essaie de nous emballer dans un papier cadeau plein de bons sentiments écologiques. C'est triste à dire pour une œuvre indépendante, mais le titre me semble enterré d'avance à cause de son aspect technique totalement déphasé par rapport aux standards de 2026. On navigue dans les eaux troubles d'une simulation qui veut tout faire mais qui n'a visiblement pas les moyens de ses ambitions graphiques. Entre une interface qui semble austère et des modèles 3D qui peinent à convaincre, l'immersion risque d'être brisée à chaque seconde passée derrière l'objectif virtuel.

À moins d'un revirement total lors de la sortie prévue plus tard cette année, je crains que l'aventure ne tourne court très rapidement. On suivra l'affaire de près, mais sans grand espoir de voir ce safari sortir de la boue technologique où il semble s'être enlisé.
À propos de l'auteur : Aurélien Hedouin analyse l'évolution de la technologie sous l'angle de l'usage et de l'expérience utilisateur. Ayant exercé en tant que conseiller client pour de grandes enseignes de la tech en France, il possède une compréhension unique des attentes des consommateurs. Grand passionné de jeux vidéo depuis son plus jeune âge, il pilote aujourd'hui l'actualité et les tests de jeux vidéo pour Conseil Direct, alliant son expertise technique à sa culture du gaming.
← Voir tous nos articles de la journée