Le bitume, le flash et la cellule : l’implacable bascule du grand excès de vitesse vers la prison

Dec 26, 2025Par Conseil Direct
Conseil Direct

L’époque où un pied trop lourd se soldait par un simple chèque au Trésor Public s’efface dans le rétroviseur. Le 29 décembre 2025 marque un tournant radical dans l'histoire de la répression routière française : le franchissement de la barre des 50 km/h au-dessus de la limite autorisée ne constitue plus une simple incartade administrative. Désormais, l'automobiliste pressé ne quitte plus le bord de la chaussée avec une contravention, mais avec une convocation au tribunal correctionnel. Entre la création du crime d’homicide routier et la délictualisation systématique des pointes de vitesse, l’exécutif déploie un arsenal coercitif sans précédent pour terrasser une mortalité qui refuse de plier.

Le glas de l’impunité : quand l’asphalte mène au tribunal

Longtemps, le « grand excès » demeurait l'apanage des contraventions de cinquième classe, sauf en cas de récidive. Cette ère de relative indulgence s'éteint. Le décret n° 2025-1269, publié dans la foulée de la loi du 9 juillet 2025, transforme chaque pointe de vitesse extrême en un délit de plein droit, et ce dès la première occurrence. La sanction tombe tel un couperet : trois mois d'emprisonnement et une amende culminant à 3 750 euros.

Ce changement de paradigme juridique engendre des conséquences systémiques immédiates. Le contrevenant ne se contente plus de perdre six points ; il gagne une mention indélébile au casier judiciaire. Cette flétrissure, loin d'être symbolique, peut briser des carrières ou entraver l'accès à certaines professions. L’immobilisation du véhicule devient systématique, tandis que le préfet se voit désormais dans l’obligation de prononcer une suspension administrative du permis de conduire. La justice ne transige plus. Elle frappe fort, vite, et avec une précision chirurgicale qui ne laisse que peu de place à l'interprétation.

L’onde de choc sécuritaire : un remède à la dérive des chiffres

Pourquoi un tel durcissement ? Les statistiques de l'année 2024 et des trois premiers trimestres de 2025 dressent un portrait alarmant de nos routes. Avec plus de 63 000 grands excès de vitesse recensés l'an dernier — une explosion de près de 70 % en sept ans — le sentiment d'invulnérabilité des conducteurs semble avoir atteint un paroxysme. La vitesse demeure, encore et toujours, le vecteur principal de la violence routière, impliquée dans un accident mortel sur cinq.

L'instauration de la peine de prison ferme vise à briser ce sentiment d'impunité par la terreur judiciaire. Les associations de victimes, à l'instar de Victimes & Citoyens, applaudissent cette réforme qu'elles réclamaient depuis une décennie. Elles estiment que l'automobile, lorsqu'elle dépasse les limites du raisonnable, se transforme en une arme par destination. En créant le délit autonome d'homicide routier, le législateur reconnaît enfin que tuer au volant sous l'emprise de la vitesse ou des stupéfiants ne relève pas de la simple fatalité "involontaire". C'est une agression délibérée contre la vie d'autrui.

Le paradoxe de la sévérité : un défi pour l’institution judiciaire

Cette avalanche de nouvelles procédures correctionnelles ne va pas sans soulever d'épineux dilemmes. Les tribunaux, déjà congestionnés par une charge de travail colossale, redoutent de sombrer sous le flux de ces milliers de dossiers annuels. Transformer 60 000 contraventions en 60 000 procès potentiels constitue un défi logistique monstrueux. Certains avocats spécialisés dénoncent déjà une « justice d'abattage » où l'individualisation des peines risquerait de s'effacer derrière l'automatisme de la sanction.

L'autre écueil réside dans l'acceptabilité sociale d'une telle mesure. Si le consensus règne autour de la dangerosité des chauffards récidivistes, l'idée de jeter en cellule un automobiliste pour une unique erreur d'appréciation sur une autoroute déserte suscite des remous. La frontière entre la sécurité publique et la liberté individuelle se fragilise. Pourtant, face aux 341 décès enregistrés pour le seul mois d'août 2025, le pouvoir politique a choisi son camp. Il préfère le risque d'une grogne populaire à celui d'une hécatombe continue. La route de demain sera surveillée, répressive et, espérons-le, plus silencieuse.