Le fétichisme du silicium va frapper fort à Arca City
Le pixel art n'est plus une nostalgie mais un champ de bataille politique où le matricule remplace le nom. Arca City s'apprête à devenir le théâtre d'une purge technologique sous perfusion synthwave. Entre l'obéissance aveugle et la trahison, Naturally Intelligent nous jette dans la fosse avec un implant dans le crâne. Préparez-vous à chasser de l'humain pour une promotion.
Une dystopie en 16 bits sous stéroïdes
Le bitume d'Arca City suinte l'huile et le mépris social à chaque coin de rue.
On connaît la chanson des néons et de la pluie, mais Forehead Chip injecte une dose de malaise supplémentaire dans nos consoles. Incarner Chip, une bleusaille du Corps des Implants, c'est accepter de devenir le bras armé d'une milice qui ne s'embarrasse pas de fioritures humanistes. Le studio Naturally Intelligent ne propose pas une simple balade bucolique mais une ascension brutale vers la Puce Frontale, cet artefact que tout le monde convoite comme le Saint Graal des asservis. On sent poindre l'influence lourde des années 80, celle de Verhoeven et de Carpenter, où le flic est autant un héros qu'un bourreau. Les quatre districts promis ne sont pas de simples décors interchangeables, mais des échelons de violence à gravir avec la sueur au front.
Cette quête de pouvoir n'est pourtant pas un long fleuve tranquille pavé de bonnes intentions. Le joueur se retrouve tiraillé entre son devoir de milicien et une morale qui s'effrite dès les premiers pas dans les bas-fonds.
La capture comme instrument de torture ludique
Oubliez la gâchette facile car ici la survie passe par l'immobilisation chirurgicale de vos proies.
Contrairement aux jeux de plateforme lambda où l'on dézingue tout ce qui bouge, Forehead Chip impose une discipline de fer avec son système de capture des Récalcitrants. La gestion des munitions devient un exercice mental épuisant, surtout quand on sait que chaque tir raté nous rapproche du chômage technique ou de la morgue. L'originalité réside dans ces capsules logiques qui transforment vos projectiles en outils de manipulation comportementale, un clin d'œil savoureux aux mécaniques de Mega Man mais avec une couche de cruauté supplémentaire. On ne tue pas par plaisir, on capture par nécessité systémique, ce qui change radicalement le rythme de l'action habituel. On est loin du run-and-gun décérébré, chaque affrontement contre l'un des cinquante types d'ennemis exigeant une lecture précise des patterns et une réactivité de cyborg.
Cette rigidité apparente cache en réalité une profondeur tactique qui pourrait bien renvoyer la concurrence directe au placard des antiquités. La précision des commandes sera le seul juge de paix de cette expérience millimétrée.
Douze façons de trahir sa propre espèce
La Puce Frontale n'est pas qu'un trophée mais le catalyseur d'une schizophrénie narrative assumée.
Proposer plus d'une douzaine de fins pour un jeu de plateforme indépendant relève soit du génie, soit de la folie furieuse. Le joueur est constamment poussé dans ses retranchements par le sergent et le commandant, des figures d'autorité qui rappellent que dans Arca City, l'individu n'est qu'une donnée statistique. Les choix effectués au détour d'une ruelle ou après une capture musclée ne sont pas de simples gadgets cosmétiques. Ils semblent réellement influencer la trajectoire de Chip et sculpter les lendemains de la métropole, offrant une rejouabilité que beaucoup de productions à gros budget nous envient. On flirte ici avec le RPG, sans pour autant sacrifier le dynamisme du pixel art qui reste le muscle de l'œuvre.

Le titre de Naturally Intelligent ne se contente pas de nous laisser seul face à nos démons numériques. Il s'ouvre également à la collaboration ou à la boucherie entre amis dans des modes multijoueurs qui promettent des nuits blanches.
Une communion électrique pour les nostalgiques du futur
La bande-son synthwave ne se contente pas d'accompagner l'action car elle en dicte la fréquence cardiaque.
Avec plus de vingt titres originaux, l'ambiance sonore s'annonce comme le pilier central de l'immersion dans cette dystopie canadienne. On imagine déjà les basses vrombrissantes souligner chaque saut millimétré et chaque capture réussie dans la pénombre des districts industriels. Le choix du 1er mai 2026 pour la sortie mondiale n'est sans doute pas anodin, marquant symboliquement la fête d'un travail que Chip exécute avec une dévotion inquiétante. Que ce soit en coopération locale ou lors de joutes sanglantes à quatre joueurs, l'énergie dégagée par le titre semble vouloir ressusciter l'époque dorée des canapés encombrés et des cris de joie. Ce n'est pas qu'un jeu de plateforme, c'est une déclaration d'amour violente à une époque où le jeu vidéo avait encore des choses à dire sur notre société.
Lien vers la page Steam de Forehead Chip : https://store.steampowered.com/app/2171910/Forehead_Chip/