Le grand écran noir de l’autonomie : quand San Francisco a pétrifié les robots de Waymo

Dec 26, 2025Par Conseil Direct
Conseil Direct

San Francisco, samedi 20 décembre 2025. Sous un ciel de plomb, la "City by the Bay" s’enfonce brutalement dans les ténèbres. Un incendie ravage un transformateur de la Pacific Gas & Electric, privant 130 000 foyers de lumière et éteignant, d'un coup de scalpel électrique, des milliers de feux de signalisation. Ce qui n'aurait pu rester qu'une simple péripétie urbaine se mue en un spectacle dystopique : des centaines de Jaguar I-Pace blanches, les fiers fleurons autonomes de Waymo, se figent au milieu des carrefours. Ce n'est pas une panne moteur, mais une paralysie cognitive. En quelques minutes, le rêve de la mobilité fluide s'effondre, révélant la fragilité insoupçonnée de ces cathédrales technologiques face à l'obsolescence soudaine de leur environnement.

L'étincelle qui a foudroyé l'algorithme

Le chaos prend racine à l'angle des rues 8th et Mission. Une sous-station électrique s'embrase, projetant un tiers de la métropole californienne dans une déshérence énergétique. Immédiatement, le ballet silencieux des taxis sans chauffeur déraille. Privés de la structure rassurante des feux bicolores, les capteurs LiDAR et les caméras haute résolution de Waymo détectent un vide sémantique. Les carrefours deviennent des zones de non-droit visuel.

La consigne logicielle demeure pourtant claire : traiter chaque intersection éteinte comme un "stop" généralisé. Cependant, la théorie se fracasse contre la réalité d'un samedi soir congestionné. Prudentes à l'excès, les machines hésitent. Elles doutent. Ce qui devait constituer une simple manœuvre de courtoisie se transforme en une obstruction systémique. En refusant de s'engager sans une certitude absolue, les algorithmes de la firme d'Alphabet ont tout simplement capitulé devant l'imprévisibilité humaine, transformant les artères principales en parkings improvisés pour robots déconcertés.

Le goulot d'étranglement de l'assistance humaine

Pourquoi ces véhicules, pourtant capables de naviguer dans le brouillard ou la pluie, ont-ils fini par "bricker" — se verrouiller — sur la chaussée ? La réponse réside dans un paradoxe technologique : la dépendance au secours humain. Lorsque le système embarqué rencontre une situation dont le score de confiance s'effondre, il sollicite un opérateur distant. Samedi soir, cette ligne de vie est devenue un nœud coulant.

Plus de 7 000 signaux éteints ont généré un pic de requêtes de confirmation sans précédent. Les centres de contrôle, submergés par des milliers d'appels simultanés provenant de véhicules immobilisés, ont affiché un temps de latence fatal. L'infrastructure réseau, elle aussi dégradée par la coupure de courant, a ralenti la transmission des données vitales. Ce n'est pas l'intelligence artificielle qui a manqué, mais la logistique de sa surveillance. Cette défaillance met en lumière un écueil majeur : l'autonomie totale demeure une illusion tant qu'un cordon ombilical invisible relie encore chaque voiture à un cerveau humain situé à des kilomètres de là.

La guerre des doctrines et le rappel à l'ordre

L'incident a immédiatement servi de carburant à une bataille idéologique féroce. Sur les réseaux sociaux, Elon Musk n'a pas manqué d'écorcher son concurrent, vantant une approche Tesla basée sur la "vision pure" et l'apprentissage par le chaos plutôt que sur la cartographie millimétrée. Mais au-delà des joutes numériques, le dilemme s'avère politique. La California Public Utilities Commission (CPUC) examine désormais avec sévérité cette paralysie, s'interrogeant sur la capacité de ces flottes à libérer les voies pour les services d'urgence lors d'une crise majeure.

Waymo n'est pas resté sourd à ces critiques. Dès le 23 décembre, l'entreprise a orchestré une mise à jour logicielle d'envergure. L'objectif ? Accorder davantage de "libre arbitre" aux véhicules. Les futures versions permettront aux taxis de s'auto-autoriser des manœuvres de dégagement sans attendre l'aval d'un humain, dès lors que la sécurité périmétrique est validée par les capteurs locaux. Cette autonomie renforcée constitue une réponse directe à l'impasse de San Francisco, mais elle soulève une question vertigineuse : sommes-nous prêts à laisser des machines prendre des décisions unilatérales dans le noir total ?

Ce blackout n'aura pas seulement éteint les ampoules de la ville ; il aura jeté une lumière crue sur le talon d'Achille de la Smart City. La voiture autonome ne pourra triompher qu'en apprenant à se passer de la perfection de son environnement.