Le réseau cuivre tire sa révérence dans 763 communes françaises ce matin
C'est un véritable tournant numérique qui s'opère ce mardi 27 janvier pour des centaines de milliers d'abonnés privés définitivement de leur vieille connexion ADSL. Cette bascule massive vers la fibre optique concerne 53 départements et marque une accélération sans précédent du plan de démantèlement piloté par l'opérateur historique Orange.
L'obsolescence programmée d'une technologie cinquantenaire
On ne va pas se mentir, la bonne vieille prise en T a fait son temps.
Le réseau de fils de cuivre qui serpentait sous nos trottoirs depuis les années soixante-dix ne tient plus la distance face à nos besoins actuels de gourmands. Entre les séances de télétravail intenses, les parties de jeux vidéo en ligne et la consommation boulimique de séries en très haute définition, l'ADSL est tout simplement au bout du rouleau. En optant pour la fibre, les foyers bénéficient d'une stabilité accrue et de débits qui peuvent grimper jusqu'à deux gigabits par seconde pour les meilleures offres actuelles. On parle d'un bond technologique majeur qui permet enfin de ne plus voir le cercle de chargement tourner indéfiniment pendant une réunion vidéo cruciale.
Les techniciens d'Orange s'activent désormais pour condamner les anciens équipements dans les centraux téléphoniques désormais devenus des musées de l'analogique. Cette transition forcée n'est pas qu'une question de vitesse, c'est surtout une nécessité pour maintenir un réseau fiable sur la durée.
Un enjeu écologique et économique majeur pour les opérateurs
Maintenir deux réseaux en parallèle était devenu une aberration financière totale.
Gérer des kilomètres de câbles vieillissants alors que 80 % des Français ont déjà basculé sur la fibre n'avait plus aucun sens économique pour les acteurs des télécoms. Au-delà des économies d'échelle, c'est l'argument énergétique qui finit de convaincre les plus sceptiques sur l'utilité de cette migration forcée pour le pays. Une ligne optique consomme environ 0,5 watt, soit trois fois moins que son ancêtre en cuivre qui engloutit près de 1,8 watt par connexion active selon les mesures de la Fédération Française des Télécoms. Dans une période où chaque kilowattheure compte, cette réduction de l'empreinte carbone globale du numérique français est loin d'être anecdotique pour les objectifs nationaux de décarbonation.
La revente du cuivre extrait du sol permet de financer une partie des travaux colossaux nécessaires à l'enfouissement de la fibre dans les zones les plus reculées. Le métal rouge est devenu une ressource stratégique dont les cours mondiaux restent particulièrement élevés cette année sur les marchés de matières premières.
De la Loire à la Moselle le grand saut dans le très haut débit
La géographie de cette extinction suit un calendrier chirurgical établi lot par lot.
Le département de la Loire arrive en tête de cette vague avec 58 communes qui débranchent leur réseau historique dès aujourd'hui, suivi de près par la Moselle et la Corrèze. Dans ces localités, il est désormais impossible de souscrire à un vieil abonnement ADSL, forçant les derniers retardataires à choisir un nouvel équipement auprès de leur fournisseur d'accès. Les retours des expérimentations menées à Lévis-Saint-Nom ou Voisins-le-Bretonneux montrent que le passage se fait généralement sans douleur si l'information a bien circulé en amont. Les boutiques locales sont d'ailleurs mobilisées pour accompagner les seniors ou les personnes moins familières avec ces changements de branchements physiques parfois déroutants.
Il est crucial de noter que pour les rares habitations encore situées dans des zones blanches, des solutions comme la 4G fixe ou le satellite sont proposées d'office. Personne ne devrait se retrouver totalement coupé du monde après la fermeture définitive du central téléphonique local ce matin.
Le compte à rebours vers une France totalement raccordée en 2030
Le chantier ne fait que commencer malgré l'ampleur de la vague actuelle.
Orange a déjà identifié les prochains lots de communes qui devront faire le deuil de leur connexion historique dans les mois à venir pour atteindre l'objectif du zéro cuivre. Ce démantèlement est suivi de près par l'Arcep, le gendarme des télécoms, qui s'assure que la concurrence entre les différents opérateurs reste saine durant cette phase critique. La France se positionne d'ailleurs comme l'un des leaders européens du déploiement optique, avec une avance confortable sur ses voisins allemands ou britanniques. Cette réussite industrielle repose sur un investissement de plusieurs milliards d'euros consenti par les opérateurs et les collectivités locales depuis plus de dix ans maintenant.
La transformation numérique du territoire entre donc dans sa phase finale, promettant une homogénéité de service entre les métropoles et les petits villages. Nous suivrons de près les éventuels couacs logistiques qui pourraient survenir lors des prochaines étapes de ce plan particulièrement ambitieux.
Les techniciens sur le pont pour éviter le black-out numérique
Le passage de relais technique se joue dans l'ombre des armoires de rue.
Derrière ces décisions administratives, des milliers d'agents de terrain interviennent chaque jour pour basculer les flux de données d'un support à l'autre sans interruption majeure. La complexité réside souvent dans les derniers mètres, entre le point de branchement dans la rue et la prise située dans le salon de l'abonné final. Certains immeubles anciens nécessitent des travaux de câblage spécifiques qui peuvent retarder l'activation effective de la ligne optique, provoquant parfois quelques crispations légitimes chez les usagers. Il est essentiel que les copropriétés facilitent l'accès aux gaines techniques pour que le déploiement se poursuive sans heurts dans les zones urbaines les plus denses.
L'assistance téléphonique des fournisseurs d'accès s'attend à un pic d'appels dans les prochains jours pour résoudre les petits problèmes de configuration des nouvelles box internet. Un accompagnement pédagogique reste la clé pour transformer cette contrainte technique en une opportunité de confort quotidien pour tous.
À propos de l'auteur : Claude Jean est un professionnel aguerri de l'équipement domestique. Fort d'une carrière de plus de 25 ans à la tête d'un magasin spécialisé en high tech et en bricolage/motoculture, il maîtrise aussi bien les technologies de l'image et du son que les innovations du secteur jardinage. Son approche est pragmatique : tester le matériel pour en extraire la valeur réelle pour l'utilisateur.
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