MINI pulvérise les compteurs en 2025 et sacrifie ses gènes sur l'autel de l'électron
L’année 2025 restera comme celle d’un grand écart magistral pour la firme d’Oxford. Entre l’explosion de ses ventes électriques et le triomphe paradoxal de ses modèles les plus imposants, la marque ne ressemble plus à l’icône minimaliste de 1959. Avec 288 290 livraisons au compteur, l’insolente santé financière du constructeur masque une mutation profonde : le passage définitif du statut de jouet urbain à celui de machine de guerre commerciale polyvalente.
La croissance de 17,7 % affichée par MINI n’est pas qu’une simple ligne comptable flatteuse dans le rapport annuel du BMW Group. C'est le résultat d'un hold-up stratégique sur le segment premium. Là où certains concurrents patinent dans leur transition énergétique, l'ex-petite anglaise a franchi le cap symbolique des 100 000 véhicules 100 % électriques livrés en une seule année. Avec précisément 105 535 unités remises aux clients, soit un bond herculéen de 87,9 % par rapport à 2024, la marque impose un rythme que peu d'observateurs prévoyaient.
Désormais, une MINI sur trois vendues dans le monde se passe totalement de piston et de carburant fossile.
Cette bascule n'est plus une tendance mais une réalité de terrain écrasante. Dans des nations comme les Pays-Bas, la Suède, la Chine ou la Turquie, la part des véhicules électriques à batterie dépasse largement les 50 % du mix de vente. C'est une performance industrielle qui valide les investissements colossaux consentis pour la nouvelle plateforme dédiée. Jean-Philippe Parain, Directeur de la marque, se félicite de cette capacité d'innovation, mais il omet de préciser que cette réussite repose sur un abandon progressif de la simplicité historique au profit d'une surenchère technologique et tarifaire.
Le Countryman ou la victoire de l'embonpoint rentable
Le véritable moteur de cette croissance insolente ne mesure plus trois mètres de long. Le MINI Countryman s’est imposé comme le centre de gravité financier de l’entreprise en captant 32,4 % des ventes totales. Avec 93 305 unités écoulées en 2025, le plus gros modèle de la gamme enregistre une progression de 15,2 %. C’est un camouflet pour les puristes du go-kart feeling, mais une bénédiction pour les actionnaires.
Le marché demande de la polyvalence, et MINI lui en donne jusqu’à l’indigestion.
Le Countryman entièrement électrique illustre parfaitement cette tendance avec une explosion de ses ventes de 81,8 %. Ce SUV, qui n’a de "mini" que le logo, prouve que la clientèle est prête à sacrifier l'agilité urbaine pour un design aventurier et un habitacle capable d'accueillir une famille. On peut toutefois regretter que cette quête de volume se fasse au détriment de la légèreté, caractéristique pourtant fondamentale de l'ADN de la marque. Le plaisir de conduite typique vanté par le marketing doit désormais composer avec les lois de la physique imposées par des batteries toujours plus lourdes.
John Cooper Works le dernier bastion des passionnés de thermique
Au milieu de ce raz-de-marée silencieux, la sous-marque sportive John Cooper Works fait de la résistance et signe une année record. Avec 25 630 unités vendues, JCW voit ses volumes s'envoler de 59,5 %. C'est un chiffre fascinant qui démontre qu'une frange non négligeable de la clientèle refuse de céder aux sirènes de l'électrification totale. Cette part de 8,9 % du volume global de MINI est un signal fort envoyé aux ingénieurs : le caractère, le bruit et la radicalité restent des arguments de vente massifs sur des marchés matures comme le Royaume-Uni, l'Italie, le Japon ou l'Australie.
L'expertise sportive n'est pas encore soluble dans le lithium.
La famille Cooper historique, socle de la marque, ne démérite pas avec 162 789 immatriculations, en hausse de 10,3 %. Dans le détail, la MINI Cooper 5 portes tire son épingle du jeu grâce à un espace accru qui séduit une clientèle pragmatique. Ses 47 850 ventes, en croissance de 26,5 %, confirment que l'ajout de deux portes supplémentaires reste l'une des meilleures décisions stratégiques de la décennie pour la survie du modèle. Le Cabriolet suit une trajectoire ascendante avec 22 491 unités, progressant de 18,4 % grâce à son renouvellement opéré en cours d'année.
Paul Smith et le marketing de l'exclusivité pour 2026
Alors que les chiffres de 2025 placent la barre très haut, MINI prépare déjà la suite avec un recours systématique à l'édition limitée. Dès le début de l'année 2026, la nouvelle MINI Paul Smith Edition fera son apparition sur les versions 3 portes, 5 portes et Cabriolet. Cette collaboration avec le designer britannique ne se limite pas à quelques touches de couleur. Elle vise à réinjecter du style et de la personnalité dans une gamme qui, à force de vouloir plaire à tout le monde, risquerait de perdre son âme.
Cette édition spéciale, disponible en motorisation thermique comme électrique, recycle les codes du Classique revisité.
Il s'agit là d'une stratégie éprouvée : maintenir l'attractivité du produit par le biais de l'art et de l'exclusivité. Après les succès des projets MINI STRIP et MINI Recharged, la marque continue de capitaliser sur son héritage culturel pour justifier un positionnement tarifaire élevé. Au final, le bilan 2025 de MINI est celui d'un constructeur qui a su transformer une contrainte écologique en une opportunité de croissance mondiale, même si cela implique de s'éloigner toujours un peu plus du concept originel d'Alec Issigonis.