Orange, Bouygues et Free officialisent l'assaut final pour le démantèlement de SFR

Jan 22, 2026Par Conseil Direct
Conseil Direct

C’est un séisme dont l'onde de choc parcourt tout le secteur des télécoms ce jeudi matin. Les trois rivaux historiques ont uni leurs voix pour confirmer le démarrage des négociations exclusives avec Altice France. Si l'accord financier n'est pas encore scellé, le processus de vente à la découpe de l'opérateur au carré rouge est désormais bel et bien enclenché.

Une dette de 24 milliards comme moteur des négociations

Le secret de polichinelle a volé en éclats au lever du jour.

Les rumeurs qui agitaient le microcosme des télécoms depuis des mois viennent de se matérialiser par un communiqué laconique mais historique. Les trois géants français ont reconnu avoir entamé des discussions avec Patrick Drahi pour se partager les dépouilles d'Altice France. Cette annonce marque un tournant décisif dans la recomposition du paysage numérique national, alors que la dette colossale du groupe, estimée à plus de 24,3 milliards d'euros, ne laissait plus d'autre choix à son propriétaire que d'envisager cette issue radicale.

Cette officialisation ne signifie pourtant pas que l'affaire est dans le sac pour les acquéreurs. Les parties prenantes ont tenu à calmer immédiatement les ardeurs des investisseurs, précisant que les discussions pourraient encore échouer si les exigences du vendeur restaient trop élevées.

Des audits comptables sous haute tension

Tout se jouera désormais sur la calculette des auditeurs financiers.

La procédure de « due diligence » entamée début janvier constitue l'étape la plus périlleuse de ce rapprochement inédit. Les équipes d'Orange, de Free et de Bouygues épluchent actuellement chaque ligne contractuelle et chaque infrastructure technique pour débusquer les éventuels loups cachés dans la gestion d'Altice. Il s'agit de vérifier la valeur réelle des actifs, alors que le montant de la transaction pourrait avoisiner la barre vertigineuse des 20 milliards d'euros, une somme nettement revue à la hausse par rapport à l'offre de 17 milliards d'euros qui aurait été rejetée en octobre dernier.

Aucun chèque ne sera signé tant que cette inspection minutieuse ne sera pas terminée. Le communiqué conjoint insiste lourdement sur l'absence d'accord ferme concernant les conditions financières finales, laissant la porte ouverte à un ultime coup de bluff.

Le spectre du régulateur plane sur le dossier

L'obstacle réglementaire s'annonce comme une véritable course de haies pour le trio.

L'aspect financier ne représente que la moitié du chemin à parcourir pour ce triumvirat d'acheteurs. Le retour à trois opérateurs sur le marché français constitue une ligne rouge que l'Autorité de la concurrence a toujours refusé de franchir par le passé pour préserver le pouvoir d'achat des consommateurs. Pour espérer valider ce partage, les prétendants devront prouver que la survie des infrastructures de SFR dépend de cette opération, un argumentaire complexe qui nécessitera sans doute des concessions massives sur la restitution de fréquences mobiles stratégiques.

Les obstacles administratifs pourraient retarder la conclusion de l'affaire de plusieurs semestres. Les conseils d'administration respectifs devront aussi valider chaque virgule du futur protocole d'acquisition avant de le soumettre à la sagesse de Bruxelles et de Paris.

L'inquiétude grandissante des salariés

L'avenir des 9 000 collaborateurs du groupe reste la grande inconnue de l'équation.

Au-delà des batailles de chiffres et des stratégies de directeurs généraux, cette opération soulève des questions existentielles pour les équipes en place. La disparition pure et simple de la marque SFR entraînerait une restructuration d'une ampleur jamais vue en Europe, avec des risques réels de doublons dans les fonctions support et commerciales. Les syndicats craignent logiquement une casse sociale majeure lors de l'intégration des effectifs au sein des trois structures concurrentes, malgré les promesses habituelles de maintien de l'emploi.

Ce feuilleton industriel est donc encore loin de son épilogue. Nous resterons mobilisés pour décrypter chaque étape de ce démantèlement qui promet de redessiner durablement la carte des télécoms en France.

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