Permis de conduire : le couperet du Sénat sur le financement CPF pour les actifs
La chambre haute vient de valider une disposition qui pourrait transformer radicalement l'accès au précieux sésame rose. Durant l'examen du budget 2026, les sénateurs ont voté en faveur d'une exclusion des salariés du système de prise en charge par le Compte personnel de formation. Cette décision, intégrée via un amendement à l'article 81 du projet de loi de finances, prévoit de réserver ce coup de pouce financier aux seules personnes en recherche d'activité.
Une sélection drastique pour soulager les finances publiques
L'orientation prise par le palais du Luxembourg ne fait pas dans la demi-mesure. Désormais, seuls les profils officiellement inscrits chez France Travail pourraient mobiliser leurs crédits pour financer leurs heures derrière le volant. Ce choix intervient alors que le prix moyen du permis continue de grimper, atteignant parfois des sommets au-delà de 2100 euros à Paris ou en Haute-Savoie selon les derniers relevés tarifaires.
Il faut d'ailleurs rappeler que les utilisateurs du compte subissent déjà une pression financière croissante. Depuis 2024, une participation forfaitaire de 100 euros est systématiquement réclamée pour chaque dossier validé sur la plateforme, une mesure qui avait déjà engendré une baisse de la demande globale. En resserrant encore les critères, les parlementaires cherchent avant tout à réduire les dépenses de l'État, quitte à laisser de nombreux travailleurs sur le bas-côté.
Un frein à la mobilité des travailleurs les plus fragiles
Pour Édouard Rudolf, cofondateur de l'école en ligne En Voiture Simone et vice-président de la FENAA, cette direction est catastrophique. Il parle d'une bombe sociale à retardement qui ignore les réalités quotidiennes des Français. Selon lui, priver les actifs de ce levier de mobilité est un non-sens absolu. Les données publiées par la Dares viennent d'ailleurs confirmer ses craintes.
Une proportion dépassant 50 % des usagers du dispositif affiche moins de trente bougies au compteur. Ces candidats possèdent souvent un niveau de diplôme inférieur au baccalauréat et occupent des postes d'ouvriers ou d'employés. Pour ces populations, posséder une voiture n'est pas une option mais une obligation vitale afin de conserver un emploi, surtout dans les zones rurales ou les périphéries urbaines dénuées de transports en commun efficaces.
Le permis comme moteur d'ascension professionnelle
L'analyse statistique montre que le titre de conduite est bien plus qu'une simple certification technique. Les personnes ayant décroché leur examen via le CPF connaissent une trajectoire plus dynamique que celles ayant opté pour d'autres formations théoriques. Elles accèdent plus vite à de nouvelles opportunités ou sécurisent plus durablement leur place dans l'entreprise.
Limiter ce financement risquerait donc de paralyser les parcours de reconversion et de fragiliser les apprentis en début de carrière. Face à ce qu'ils jugent être une erreur stratégique, les acteurs du secteur comme la FENAA militent pour une voie médiane. Au lieu d'une éviction pure et simple des salariés, ils préconisent l'instauration d'un plafond de remboursement. Une telle solution permettrait de sauvegarder l'équilibre budgétaire du pays tout en garantissant le droit à la mobilité pour tous. Le débat doit désormais se poursuivre devant les députés à l'Assemblée nationale.