Requiem pour les titans : les naufrages technologiques qui ont marqué 2025
L’année 2025 s’achève sur un parfum de cendres pour certains fleurons de la Silicon Valley et du Vieux Continent. Si le progrès ne s’arrête jamais, il trébuche parfois avec une fracassante indécence. Entre l'arrogance démesurée de l'intelligence artificielle matérielle, les balbutiements d'une industrie automobile électrique en pleine crise existentielle et l'essoufflement d'un "spatial computing" qui cherche encore sa boussole, la cuvée 2025 restera celle d'une douloureuse confrontation avec le principe de réalité. Ce n'est pas simplement une liste d'échecs commerciaux ; c'est le récit d'un divorce entre les fantasmes des ingénieurs et les besoins réels d'un marché saturé.
Le cimetière des « AI Gadgets » : l’obsession du hardware inutile
Le silence est désormais assourdissant autour de la seconde génération des boîtiers IA dédiés. Souvenez-vous des promesses de 2024, où des start-ups comme Humane ou Rabbit prétendaient occire le smartphone à coup de projecteurs laser et de molettes orange. En 2025, la sentence est tombée. Définitive. Brutale. Le lancement du Rabbit R2 et de l'AI Pin 2.0 s'est transmué en un marasme industriel sans précédent, avec des retours produits frôlant les 60 % dès le premier mois.
L'écueil ne résidait pas dans la puce, mais dans l'usage. Pourquoi s'encombrer d'un onéreux appendice vestimentaire quand une simple mise à jour de l'iPhone ou des Pixel permet d'accéder aux mêmes agents conversationnels avec une ergonomie décuplée ? Ce fiasco cristallise l'impasse d'une industrie qui a confondu « avancée algorithmique » et « nécessité matérielle ». Les investisseurs, qui injectaient hier des milliards dans ces coques vides, retirent aujourd'hui leurs billes, laissant derrière eux une traînée de start-ups exsangues qui ont oublié qu'un gadget ne supplante pas un écosystème.
L'électromobilité européenne face au mur de la réalité
Du côté de l’automobile, le paysage n'affiche guère plus de sérénité. Volkswagen, jadis fer de lance de la conquête électrique, traverse une déroute logicielle et commerciale qui fera date. Le retard persistant de la branche logicielle Cariad a littéralement sclérosé le lancement de modèles cruciaux, tandis que les stocks d'ID.7 s'accumulent sur les parkings d'usines en arrêt technique. Le géant de Wolfsburg pensait que son blason suffirait à masquer des interfaces numériques dignes du début des années 2010. Erreur fatale.
Le dilemme s’avère d’autant plus empoisonné que la concurrence chinoise ne connaît aucun répit. BYD et consorts inondent le marché avec une réactivité qui ridiculise les cycles de production germaniques. Ce n'est plus une simple disconvenue, mais un basculement de l'histoire industrielle. En refusant de sacrifier leurs marges pour démocratiser l'électrique, les constructeurs historiques ont bâti un bastion de luxe que personne ne peut plus s'offrir, se condamnant ainsi à une érosion lente de leur souveraineté mécanique.
Le mirage du Vision Pro : quand la pomme perd son éclat
Le secteur de la réalité mixte n'échappe pas à cette mélancolie ambiante. Le Vision Pro d'Apple, malgré une version « Air » plus légère lancée en milieu d'année, n'a jamais réussi à quitter son statut de curiosité pour collectionneurs fortunés. Le défi n'était pas seulement technique. Le poids, l'autonomie et le prix constituaient des barrières physiques ; l'absence de « Killer App », elle, s'est révélée être un gouffre métaphysique.
L'analyse de cet échec souligne un paradoxe fascinant. Apple a réussi la prouesse de concevoir l'objet technologique le plus sophistiqué du siècle, sans parvenir à expliquer à quoi il servait réellement au quotidien. S'isoler derrière un écran pour travailler sur des feuilles Excel flottantes n'a jamais séduit les masses laborieuses, encore moins les créatifs. Cette disconvenue marque sans doute la fin de l'ère de l'innovation "top-down", où l'on imposait un besoin à l'utilisateur. En 2025, le public a repris le pouvoir : il exige de l'utilité, pas de la magie de laboratoire.
Le bilan de ces douze derniers mois n'est pas pour autant une apologie du pessimisme. Ces échecs purgent le marché des excès de la spéculation post-pandémie. Ils forcent les géants à redescendre sur terre, à écouter à nouveau le murmure des clients plutôt que les cris de joie des salles de marché. La tech sort de 2025 moins arrogante, plus humble, et peut-être enfin prête à servir l'humain plutôt que de chercher à le remplacer par une interface onéreuse.