Stellantis maintient son rang européen malgré une concurrence féroce
Le géant industriel boucle l’exercice 2025 avec plus de 2,4 millions de livraisons sur le Vieux Continent. Entre une domination insolente sur les utilitaires et une percée stratégique dans l’hybride, le groupe prouve sa résilience face aux vents contraires d’un marché encore convalescent.
Une assise territoriale qui résiste à la tempête sectorielle
La firme franco-italo-américaine sécurise sa place de dauphin sur l'échiquier automobile européen.
Avec 2 421 571 véhicules immatriculés l'an dernier, l'entité préserve une part de marché solide de 16 %. Cette performance s'inscrit dans un contexte morose où le volume total des ventes en Europe reste amputé de trois millions d'unités par rapport aux niveaux d'avant la crise sanitaire de 2020. Malgré ce plafond de verre, le groupe parvient à distancer ses poursuivants immédiats grâce à une gestion rigoureuse des stocks et un maillage territorial exceptionnel. La stratégie multi-énergies semble enfin porter ses fruits au moment où les acheteurs hésitent encore à basculer totalement vers le tout électrique.
Cette solidité se traduit par une domination sans partage dans plusieurs pays stratégiques comme la France, l'Italie ou le Portugal. Le groupe parvient même à grapiller des points de croissance en Autriche ainsi qu'en Espagne, défiant les prévisions les plus pessimistes du début d'année.
L'hybride comme nouveau moteur de croissance
La technologie thermique électrifiée devient le levier de croissance majeur du catalogue actuel.
On n'attendait pas forcément les marques du groupe sur la plus haute marche du podium des motorisations hybrides avec 15 % de pénétration. Ce succès repose sur l'introduction massive de solutions 48V accessibles sur des modèles populaires comme la Citroën C3 ou la Fiat Grande Panda. Le renouvellement des SUV compacts, porté par le nouveau Jeep Compass et l'Opel Frontera, a permis de remonter de deux crans dans la hiérarchie européenne de ce segment vital. En proposant des alternatives moins coûteuses que les modèles à batteries haute capacité, le constructeur répond directement à la baisse du pouvoir d'achat des ménages.
La dynamique commerciale s'est d'ailleurs emballée durant le dernier semestre de l'année avec un bond des commandes de 16 % au quatrième trimestre. Cet élan confirme que le renouvellement des gammes Citroën et Fiat arrive à point nommé pour séduire une clientèle pragmatique.
La suprématie incontestée des véhicules utilitaires
Le pôle professionnel demeure la véritable force tranquille de l'organisation.
Sous la bannière Pro One, les chiffres impressionnent avec une mainmise sur près de 29 % du marché des véhicules de livraison et de chantier. Le Fiat Ducato continue de régner en maître incontesté, améliorant encore ses scores par rapport à l'exercice précédent. Plus marquant encore, la famille des fourgonnettes compactes regroupant le Berlingo et le Partner frise les 50 % de part de marché sur son secteur spécifique. Cette hégémonie garantit des revenus confortables et une fidélité client que la concurrence peine à ébranler, malgré l'offensive des nouveaux acteurs asiatiques sur le segment électrique.
Cette réussite industrielle s'appuie sur une plateforme technique commune qui permet des économies d'échelle massives tout en conservant l'identité propre de chaque badge. Le succès du Peugeot 3008, en hausse de plus de 22 %, illustre parfaitement cette capacité à dominer le segment C-SUV avec brio.
Le défi de la transformation face aux nouveaux entrants
L'arrivée des constructeurs chinois et la mutation énergétique dictent désormais le tempo de la survie.
Pour contrer cette pression sur les prix, le groupe a activé son partenariat avec Leapmotor, commençant à distribuer des citadines électriques abordables dans ses réseaux historiques. Selon les données récentes de l'ACEA, le marché global a dû faire face à une volatilité inédite des prix de l'énergie et des composants électroniques durant toute l'année. La direction a maintenu une ligne dure sur la rentabilité opérationnelle, préférant préserver les marges plutôt que de participer à une guerre des prix destructrice. Cette discipline porte ses fruits puisque le carnet de commandes global a gonflé de 10 % en un an, offrant une visibilité précieuse.
L'entité ne compte pas ralentir et prévoit déjà une offensive majeure avec dix nouveaux lancements prévus pour les douze prochains mois. L'objectif consiste à verrouiller les segments les plus rentables tout en démocratisant l'accès aux nouvelles technologies de propulsion.
Regard d'expert sur les enjeux de demain
Mon analyse suggère que cette résilience cache une restructuration profonde des méthodes de vente.
Si les chiffres sont flatteurs, l'enjeu de 2026 sera de transformer l'essai sur l'électrique alors que les aides d'État fondent partout en Europe, notamment en Allemagne. Le groupe a intelligemment misé sur la polyvalence, mais la pression des normes européennes imposera une accélération forcée vers le zéro émission très rapidement. La Panda et la 208 restent des piliers indispensables, mais c'est sur la capacité à industrialiser des composants moins coûteux que se jouera la pérennité de ce leadership. En attendant, la force de frappe commerciale de l'organisation reste un modèle d'efficacité dans une industrie en plein doute existentiel.
Le pari de la diversification géographique semble également payant, avec une deuxième place consolidée au Royaume-Uni. Reste à voir si la demande suivra le rythme effréné des nouveautés promises par les équipes d'Emanuele Cappellano.
À propos de l'auteur : David Tavos met à profit une expertise terrain de premier plan. Après avoir collaboré durant plusieurs années avec deux grands constructeurs français et une marque de prestige allemande, il possède une connaissance pointue de la logistique technique et des composants automobiles. Passionné de mécanique, il décrypte l'actualité auto avec un œil d'expert sur la fiabilité et l'ingénierie.