Volkswagen face au mirage des chiffres de livraison

Jan 13, 2026Par Conseil Direct
Conseil Direct

Derrière le rideau de fer des 4,73 millions de véhicules livrés l'an dernier, Wolfsburg tente de masquer une réalité structurelle contrastée. Si le géant allemand conserve son trône européen, l'érosion globale de 1,4 % trahit une vulnérabilité croissante sur les marchés stratégiques mondiaux. Entre une Chine qui se dérobe et des États-Unis sous tension douanière, le colosse aux pieds d'argile mise tout sur une offensive électrique dont la rentabilité reste encore à prouver face aux défis de 2026.

L'illusion de la stabilité globale

Le chiffre brut a de quoi rassurer les actionnaires les moins regardants. Avec 4,73 millions de livraisons mondiales, Volkswagen semble maintenir son rang.

Pourtant, un examen approfondi des données révèle des failles sismiques dans l'hégémonie de la marque. La stagnation est flatteuse tant le recul de 1,4 % dans un marché en mutation pèse sur les perspectives de croissance. Si l'Amérique du Sud affiche une santé insolente avec une progression de 18,5 %, elle ne suffit pas à compenser l'hémorragie constatée sur les deux piliers de l'économie automobile moderne. En Chine, le recul de 8,4 % sonne comme un avertissement sévère face à la montée en puissance des constructeurs locaux. Parallèlement, le marché nord-américain accuse une baisse de 8,2 %, largement imputable à une politique douanière américaine qui fige les flux commerciaux et pénalise les importations européennes.

Le paradoxe de la transition électrique

La stratégie électrique de Volkswagen ressemble à un grand écart périlleux. En 2025, la marque prévoit de livrer environ 382 000 véhicules 100 % électriques, un chiffre en léger repli de 0,2 % par rapport à l'exercice précédent.

Cette stagnation interroge alors que la part des modèles ID. dans le total des livraisons plafonne à 8,1 %. Sur le vieux continent, Volkswagen parvient toutefois à sauver les meubles grâce à une performance notable en Allemagne où sa part de marché grimpe à 19,6 %, soit une hausse de 0,5 point selon les rapports de l'Autorité fédérale allemande des transports automobiles KBA. L'Europe reste le bastion du groupe avec 247 900 unités électriques écoulées, marquant une progression spectaculaire de 49,1 %. C'est ici que l'ID.7 joue son rôle de locomotive commerciale. Avec 76 600 commandes enregistrées sur le sol européen, soit un bond de 133,9 %, la berline et sa variante Tourer démontrent qu'il existe un public pour l'électrique haut de gamme, à condition de proposer une fiche technique rigoureuse.

L'optimisme de Martin Sander, membre du directoire, semble toutefois faire fi d'une concurrence asiatique toujours plus agressive.

Sander affirme que la gamme renouvelée armera la marque pour 2026, mais la réalité chinoise impose une réaction plus musclée qu'une simple déclaration de confiance. Avec plus de dix nouveaux modèles électriques prévus pour le seul marché chinois cette année, Volkswagen tente une opération de la dernière chance pour stopper sa chute libre dans l'Empire du Milieu. L'efficacité et la compétitivité invoquées par la direction devront se traduire par des prix capables de s'aligner sur les standards de BYD ou de Xiaomi, un défi immense pour une structure industrielle aussi lourde que celle de Wolfsburg.

L'addiction salvatrice au format SUV

Si Volkswagen respire encore, c'est grâce à ses modèles surélevés qui portent littéralement les finances du groupe à bout de bras.

Les SUV représentent désormais 50,2 % des livraisons totales de la marque, un chiffre en hausse de 5,3 % sur un an. Cette dépendance est encore plus flagrante de l'autre côté de l'Atlantique. Aux États-Unis, plus de 78,5 % des modèles frappés du logo VW appartiennent à cette catégorie. Le T-Roc demeure l'indétrônable roi d'Europe. Avec 201 995 unités écoulées pour sa deuxième génération lancée en 2025, il enregistre une croissance de 3,9 % et confirme que le client moyen privilégie encore la polyvalence thermique au pragmatisme électrique. Le nouveau Tayron, disponible depuis le printemps 2025, suit une trajectoire similaire avec 60 700 unités déjà livrées à travers le globe.

Le pari risqué de la démocratisation électrique en 2026

L'avenir immédiat de Volkswagen ne se jouera pas dans les salons feutrés, mais sur le segment des citadines abordables.

L'annonce de l'ID. Polo, promise aux alentours de 25 000 euros, constitue le véritable test de crédibilité pour la marque. Réussir à produire un véhicule électrique compact et rentable à ce tarif est une équation que peu de constructeurs occidentaux ont résolue jusqu'ici. Cette nouveauté sera accompagnée du SUV compact ID. Cross, formant un duo censé démocratiser l'usage de la batterie. Le succès de ces modèles déterminera si Volkswagen peut réellement transformer son parc ou s'il restera cantonné à un rôle de leader par défaut sur un marché thermique en déclin.