Google débarque sur le marché de la musique IA avec Lyria 3 après des mois de règlements judiciaires
Google lance Lyria 3 dans Gemini alors que les poursuites contre Suno et Udio viennent tout juste de se terminer en deals de licence. Un timing qui interroge sur la stratégie du géant face à un secteur juridiquement miné.
Google intègre son modèle de génération musicale Lyria 3 directement dans Gemini, permettant à quiconque de créer des morceaux de 30 secondes en quelques prompts. Une fonctionnalité qui arrive pile au moment où l'industrie musicale vient de conclure des arrangements avec les deux poids lourds du secteur après des batailles judiciaires acharnées. Simple coïncidence ou coup bien calculé ?
Quand les précurseurs se font rattraper par la justice
Allons droit aux faits concrets. En juin 2024, Universal Music Group, Sony Music et Warner Music Group attaquaient Suno et Udio pour violation massive de droits d'auteur. Les accusations portaient sur l'entraînement de leurs modèles avec des millions de morceaux protégés, sans aucune autorisation. Et le procès lancé par le Recording Industry Association of America parlait carrément d'une "violation volontaire à une échelle presque inimaginable".
Les deux plateformes ont rapidement dominé le marché de la musique IA, avec Suno valorisé à 2,45 milliards de dollars début 2026. Mais cette domination avait un prix. Fin 2025, les grands labels ont finalement conclu des ententes. Universal a réglé avec Udio en octobre, Warner a suivi en novembre. Les termes ? Des licences basées sur l'opt-in des artistes et le lancement prévu de nouvelles plateformes "propres" courant 2026.
L'entrée tardive mais prudente de Google
Google n'a pas attendu la fin des hostilités pour développer Lyria. Le modèle existe depuis 2023, mais restait cantonné à des expérimentations fermées comme le Music AI Sandbox ou Dream Track sur YouTube. L'intégration publique dans Gemini intervient maintenant que le paysage s'est stabilisé. Stratégie avisée ou timidité ? Probablement les deux.
Le géant californien multiplie les précautions. Chaque morceau généré embarque SynthID, un filigrane numérique indétectable à l'oreille mais traçable. Google affirme avoir été "très attentif aux droits d'auteur et aux partenariats" lors de l'entraînement. Des filtres comparent les sorties aux contenus existants pour éviter les ressemblances trop flagrantes.
Mais ces garde-fous suffiront-ils ? Les détails précis des données d'entraînement restent flous. Google parle d'une approche "responsable" développée "en collaboration avec la communauté musicale", sans pour autant préciser quelles œuvres ont alimenté le modèle ni sous quelles conditions. Une opacité qui rappelle les débuts chaotiques de Suno et Udio.
Un marché qui se structure sous la contrainte
L'année 2025 a redessiné la carte. Plus de 75 procès impliquant l'IA et les droits d'auteur sont en cours, dont plusieurs concernent spécifiquement la musique. Le musicien Anthony Justice a poursuivi Suno et Udio en juin 2025. La société allemande GEMA a attaqué OpenAI et Suno. Le compositeur danois Koda a fait de même.
Face à cette pression, les acteurs pivotent. Suno a levé 250 millions de dollars en janvier 2026 tout en annonçant le lancement d'un modèle "plus avancé et sous licence" qui remplacera progressivement les versions actuelles. Warner Music Group indique que "les artistes et auteurs-compositeurs auront un contrôle total" sur l'utilisation de leurs noms, images et compositions dans les contenus générés.
Ces virages forcés transforment la donne. Les licences opt-in deviennent la norme, ouvrant de nouveaux flux de revenus aux ayants droit tout en légitimant la technologie. Google profite de ce cadre naissant sans avoir essuyé les coups. Malin.
Lyria 3 face à une concurrence déjà installée
Techniquement, Lyria 3 progresse sur plusieurs points. Génération automatique des paroles, contrôle accru du style et du tempo, morceaux plus complexes musicalement. J'ai testé vite fait, et franchement, c'est impressionnant comment ça génère des paroles cohérentes en un clin d'œil. Les utilisateurs peuvent même partir d'une photo pour créer un morceau. Mais ces avancées arrivent dans un écosystème déjà mature.
Suno et Udio dominent toujours avec des communautés actives et des modèles affinés. Udio se distingue par la qualité audio "presque indiscernable" de vrais enregistrements selon les testeurs professionnels. Suno propose des outils comme la réédition de stems et attire surtout les créateurs de contenu courts.
Google mise sur l'intégration. Avoir Lyria directement dans Gemini réduit les frictions. Mais les limitations demeurent. Les 30 secondes imposées aux utilisateurs gratuits paraissent dérisoires face aux 15 minutes possibles sur Udio en mode étendu. Les abonnés payants Gemini auront des limites "plus élevées" sans plus de précision.
Où va ce marché chaotique ?
La question reste ouverte. Les règlements de fin 2025 ont calmé le jeu, mais n'ont pas résolu les questions de fond. Que se passe-t-il si un morceau généré ressemble trop à un original ? Les filtres de Google détecteront-ils toutes les similarités problématiques ? Et surtout, qui est légalement responsable quand un utilisateur génère du contenu litigieux ?
Bloomberg Law prédit que 2026 sera une année décisive pour le droit d'auteur appliqué à l'IA. La Cour suprême américaine doit trancher sur la responsabilité des fournisseurs d'accès dans la piraterie musicale. Des dizaines de procès restent en cours, dont plusieurs impliquant la musique générée par IA.
Google joue la carte de la transparence sélective. SynthID permet d'identifier le contenu IA, mais ne garantit pas sa légalité. Les utilisateurs peuvent signaler les violations potentielles, mais c'est après coup. Le modèle promet de "ne pas imiter les artistes existants", tout en admettant que l'approche "pourrait ne pas être infaillible".
Finalement, l'arrivée de Lyria 3 dans Gemini symbolise moins une révolution qu'une normalisation. La musique IA n'est plus un fantasme de laboratoire ni un Far West juridique total. Elle devient un service grand public encadré, surveillé, monétisé. Google ne prend pas de risques insensés. Il s'engouffre dans une brèche ouverte par d'autres, une fois le terrain sécurisé. Perso, ça me rappelle comment Google a attendu que le marché des smartphones soit chaud avant de lancer Android. Stratégie classique du géant de Mountain View face aux technologies émergentes.
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À propos de l'auteur : Sandy Jasingh cumule 13 ans d’expérience dans le high-tech : 8 ans en magasin et 5 ans en conseil client chat. Cette double vue terrain/digital lui permet de tester et décrypter les innovations avec un seul objectif : vérifier leur utilité réelle au quotidien.
Sandy Jasingh