Hollywood face à Seedance 2.0, l'IA qui filme pour neuf cents
Imaginez recréer la scène la plus coûteuse d'un blockbuster pour juste neuf centimes, avec seulement deux lignes de texte. Et ce n'est pas de la science-fiction, c'est déjà possible. C'est ce que permet Seedance 2.0, le générateur vidéo de ByteDance lancé le 12 février. Derrière la salve de mises en demeure envoyées par les studios se joue quelque chose de bien plus profond qu'un simple litige de droits d'auteur.
Hollywood face à son "moment DeepSeek"
Quand DeepSeek avait chamboulé la Silicon Valley début 2025, la secousse était boursière. Avec Seedance 2.0, c'est toute une industrie culturelle qui vacille. Selon NBC News, un créateur de contenu a publié une comparaison côte à côte d'un plan du film F1 (2025) et d'une copie quasi identique générée par l'IA, affirmant avoir reproduit "le plan le plus cher du film pour 9 cents". La vidéo a enflammé les réseaux. D'autres clips ont suivi : Brad Pitt et Tom Cruise en combat sur un toit, générés en quelques secondes depuis une simple instruction textuelle. Selon Deadline, la scène du film F1 a été recréée en deux minutes chrono.
Pas étonnant que la riposte juridique ait suivi dans la foulée, vu comment ça a mis le feu aux poudres. Axios révèle que Disney a adressé le 13 février une mise en demeure à ByteDance, accusant l'entreprise d'avoir préchargé Seedance avec "une bibliothèque piratée de personnages Disney", de Spider-Man à Grogu en passant par Peter Griffin, traités comme s'ils étaient "du domaine public". Selon Variety, Paramount Skydance a emboîté le pas le lendemain, ciblant dans sa lettre adressée au PDG Liang Rubo des franchises aussi iconiques que South Park, Star Trek, SpongeBob, Tortues Ninja ou Le Parrain.
Des millions d'emplois dans la balance
La Motion Picture Association, qui représente Netflix, Warner, Universal et les autres grands studios, ne s'est pas contentée de dénoncer. Son président Charles Rivkin a estimé, dans un communiqué repris par CNBC, que ByteDance "bafouait le droit d'auteur qui sous-tend des millions d'emplois américains". SAG-AFTRA et la Directors Guild of America, via la Human Artistry Campaign, ont été encore plus directs. Ils qualifient le lancement de Seedance 2.0 d'"attaque contre chaque créateur dans le monde" et demandent aux autorités de sortir tous les outils juridiques possibles.
Coincé de partout, ByteDance a sorti une réponse très courte lundi, du genre "on respecte les droits, on va renforcer les protections". Selon Deadline, pas un mot sur les données qui ont servi à entraîner le modèle, ni sur les mesures réelles envisagées. Sur les réseaux, des créateurs TikTok s'inquiètent déjà de l'impact sur leur boulot quotidien, conscients que Seedance 2.0 devrait bientôt être intégré à CapCut, l'éditeur vidéo utilisé par des centaines de millions de personnes à travers le monde.
La situation révèle une contradiction que Disney incarne à elle seule. Comme le rappelle The Wrap, le studio a signé un accord d'un milliard de dollars avec OpenAI pour autoriser Sora à utiliser ses personnages Marvel, Pixar et Star Wars, tout en pourchassant ByteDance pour les mêmes usages. La bataille n'est pas contre l'IA en tant que telle. Elle porte sur qui fixe les règles du jeu, et à quel prix. Avec Seedance 2.0, Hollywood découvre que la réponse peut tenir en neuf centimes.
Articles qui pourraient vous plaire :
- Apple veut séduire le 4 mars ceux qui ne s'offrent pas Apple
- Diabète silencieux : Huawei lance la première montre qui alerte avant le diagnostic
- Le Xiaomi Tag débarque à 18 euros et pourrait bien changer la donne
- Google Photos se réveille enfin (ou presque)
À propos de l'auteur : Sandy Jasingh cumule 13 ans d’expérience dans le high-tech : 8 ans en magasin et 5 ans en conseil client chat. Cette double vue terrain/digital lui permet de tester et décrypter les innovations avec un seul objectif : vérifier leur utilité réelle au quotidien.
Sandy Jasingh