Les bornes de 600 kW débarquent en France mais une seule voiture peut les utiliser

Feb 19, 2026Par David Tavos, Expert Automobile
David Tavos, Expert Automobile

Ionity vient d'installer ses premières bornes ultra-puissantes à Sorgues, capables de délivrer 600 kW par véhicule. C'est un gros investissement pour une techno que quasiment aucune voiture électrique ne peut utiliser pour l'instant.

La station de Sorgues sur l'A7 accueille depuis quelques semaines six bornes Alpitronic HYC 1000 capables de délivrer chacune 600 kW de puissance. Un record pour la France. Le hic ? Cette prouesse technique soulève une question évidente : pour qui exactement ? Une seule voiture électrique de série accepte actuellement cette puissance de charge, la berline chinoise Nio ET9.

Nio ET9

Cette limousine électrique haut de gamme, commercialisée depuis mars 2025 en Chine autour de 101 000 euros, peut récupérer 255 km d'autonomie en cinq minutes grâce à son architecture électrique de 925 volts. Elle reste une exception dans un marché où même les modèles les plus performants plafonnent à des puissances bien inférieures. La Xpeng P7+, pourtant considérée comme l'une des références en matière de charge rapide, n'accepte que 446 kW maximum.

Quand l'infrastructure devance le marché

C'est dingue quand on y pense : la France a déjà 189 943 bornes de recharge publiques au 31 janvier 2026, en hausse de 21 % en un an d'après l'Avere-France. Mais seulement 2 % d'entre elles dépassent les 350 kW de puissance. Ionity pousse maintenant la barre encore plus haut avec ses installations à 600 kW, alors que le parc automobile peine à suivre le rythme.

Cette stratégie n'est pourtant pas absurde. L'opérateur européen, détenu par BMW, Mercedes, Ford et Porsche, anticipe massivement. BYD travaille sur une architecture capable d'emmagasiner 1 000 kW, tandis que CATL a dévoilé sa batterie Shenxing 2.0 capable d'ajouter 520 km d'autonomie en cinq minutes. La techno arrive, mais elle reste pour l'instant cantonnée aux prototypes et aux annonces.

batterie Shenxing 2.0

L'installation de ces méga-bornes présente néanmoins un avantage immédiat. Grâce à la répartition dynamique de l'énergie, lorsque plusieurs véhicules se rechargent en même temps, chacun peut bénéficier de plus de 200 kW. Plutôt pratique lors des grands départs, même si la promesse des 600 kW reste hors d'atteinte pour l'écrasante majorité des conducteurs.

La charge express sous surveillance

Cette course à la puissance soulève aussi des inquiétudes légitimes sur la santé des batteries. Une étude Geotab portant sur 22 700 véhicules électriques révèle que les batteries perdent en moyenne 2,3 % de leur capacité par an, contre 1,8 % en 2024. La supercharge au-delà de 100 kW constitue désormais le facteur numéro un de dégradation accélérée, avec des taux pouvant atteindre 3 % par an pour les utilisateurs intensifs.

D'après mes échanges avec des propriétaires de VE, beaucoup évitent justement les charges express au quotidien pour préserver leur batterie. Ils gardent ça pour les longs trajets et privilégient la charge lente à domicile le reste du temps.

Les constructeurs chinois affirment avoir trouvé la parade. CATL assure que leurs nouvelles batteries supportent des charges à plus de 1,3 MW sans s'abîmer trop vite, grâce à des trucs comme un revêtement cathodique renforcé et un électrolyte qui répare. Reste à vérifier ces affirmations dans la durée, sur des véhicules de série utilisés dans des conditions réelles.

Les experts recommandent d'ailleurs la prudence. Même si la charge express occasionnelle ne détruit pas les batteries, maintenir un véhicule entre 20 et 80 % de charge au quotidien prolonge significativement la durée de vie des cellules. Après huit ans d'utilisation, les véhicules majoritairement rechargés en charge lente conservent environ 88 % de leur capacité, contre 76 % pour ceux qui abusent des bornes haute puissance.

Un réseau français qui continue de se développer

Au-delà de cette course à la puissance, le réseau de recharge français poursuit sa progression régulière. En février 2026, Driveco souligne que 35 % des points de recharge se trouvent dans des communes de moins de 10 000 habitants, limitant les zones blanches dans les territoires ruraux. Les bornes haute puissance gagnent du terrain, avec 11 % des installations qui délivrent désormais au moins 150 kW.

Cette dynamique place la France dans le top 3 européen pour les infrastructures de recharge, derrière les Pays-Bas et l'Allemagne. Le gouvernement vise 400 000 points de charge publics d'ici 2030, dont 50 000 en charge rapide, pour accompagner les 17 millions de véhicules électriques attendus à cet horizon.

Ionity dispose aujourd'hui de 768 stations dans 24 pays européens, dont 148 en France. Ses bornes nouvelle génération à 600 kW incarnent un pari sur l'avenir. Un avenir où recharger sa voiture électrique ne prendra pas plus de temps qu'un plein d'essence classique. Encore faut-il que les constructeurs suivent le mouvement et commercialisent enfin des véhicules capables d'exploiter cette puissance colossale. Pour le moment, cette station de Sorgues fait plus figure de vitrine techno que de solution pratique pour les conducteurs lambda.

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