Bloomberg pointe la crise de la RAM qui pourrait repousser la PS6 vers 2028 ou 2029

Feb 16, 2026Par Aurélien Hedouin, Expert Jeux Vidéo
Aurélien Hedouin, Expert Jeux Vidéo

Sony bricole un peu son planning pour la PS6, pendant que Nintendo garde un œil inquiet sur les prix qui s'envolent. Les deux Japonais sont dans la même merde : l'IA qui pompe toute la RAM du monde et fout le bordel dans leurs plans.

Sony envisage un cycle PS5 inédit de huit ou neuf ans

La PlayStation 6 ne sortira probablement pas avant 2028, voire 2029. C'est l'information révélée par Bloomberg dans son analyse du marché de la RAM. Un délai sans précédent pour Sony, dont les précédentes générations suivaient un rythme bien rodé : six ans entre PS1 et PS2, six ans entre PS2 et PS3, sept ans pour la PS4.

Ce retard, c'est pas anodin. C'est la dure réalité de l'industrie qui leur tape dessus. Sortir ça fin 2027, comme on l'avait prévu au départ, ce serait un suicide commercial vu comment c'est tendu. Les pièces manquent, les prix explosent, et une PS6 à ce tarif-là, le grand public va juste dire non.

Mais bon, la PS5 se porte remarquablement bien. Les chiffres de novembre 2025 affichent 84,2 millions de consoles écoulées depuis 2020, un rythme comparable à celui de la PS4 au même stade. Le PlayStation Network compte 119 millions d'utilisateurs actifs mensuels, et 83% des ventes de jeux se réalisent en numérique. Perso, en voyant ces chiffres et le PSN qui cartonne, je me dis que Sony a vraiment de la marge pour souffler.

PS5 Pro
PS5 Pro. Source : Sony

Cette santé financière permet justement au constructeur de temporiser. Plutôt que de précipiter une PS6 dans des conditions désastreuses, ils peuvent se concentrer sur l'exploitation maximale de l'écosystème PS5. D'autant que la PS5 Pro, malgré son prix de 800 euros, a réussi à représenter 26% des ventes européennes de PS5 en novembre dernier. Ça montre bien qu'une partie des joueurs accepte de payer pour des performances accrues.

Et au milieu de tout ça, la RAM qui est le vrai nerf de la guerre

Le coupable principal s'affiche clairement : la mémoire vive. TrendForce estime que 70% de la production mondiale de puces mémoire part désormais vers les centres de données d'intelligence artificielle. Samsung, SK Hynix et Micron, qui contrôlent 90% de l'offre mondiale de DRAM, ont massivement réorienté leurs lignes de production vers la mémoire HBM haute performance, délaissant les composants grand public.

Les conséquences chiffrées donnent le vertige. D'après Bloomberg, pour la Switch 2 de Nintendo, le coût de la mémoire LPDDR5X de 12 Go aurait bondi de 41% depuis décembre, tandis que le stockage NAND de 256 Go affiche une hausse de 8%. Entre octobre et décembre 2025, le prix de la RAM a grimpé de 50%, et IDC prévoit même une nouvelle envolée de 40 à 50% d'ici mars 2026.

Nintendo Switch 2
Nintendo Switch 2. Source : Nintendo

D'après Bloomberg, c'est le genre de situation qui les met dans une impasse totale : "des sources proches de Sony indiquent que le groupe envisagerait de repousser la sortie de sa prochaine console PlayStation à 2028, voire 2029. Un tel report bouleverserait une stratégie soigneusement élaborée pour maintenir l'engagement des utilisateurs entre les générations de consoles."

Nintendo prêt à casser son modèle économique historique

C'est dingue, la Switch 2 qui a démarré sur les chapeaux de roue avec 17,37 millions d'unités écoulées en quelques mois depuis juin 2025. Mais bon, ça pourrait leur jouer des tours si les prix continuent à grimper. Selon Bloomberg, Nintendo étudie très sérieusement une hausse tarifaire dès 2026. Le président Shuntaro Furukawa a reconnu lors de la présentation des résultats trimestriels que des augmentations étaient "envisagées", même s'il maintient le prix stable jusqu'au 31 mars 2026.

Niko Partners anticipe un scénario radical : la disparition pure et simple du modèle de base vendu seul. Les joueurs n'auraient plus le choix et devraient se tourner vers des packs incluant un jeu, proposés à 509,99 euros ou plus. Une hausse forcée du ticket d'entrée d'au moins 40 euros, permettant au constructeur de protéger ses marges sans annoncer frontalement une augmentation impopulaire.

Cette stratégie marquerait une rupture dans l'ADN de Nintendo, habitué à vendre ses consoles sans perte dès le lancement. Mais les analystes estiment qu'une hausse de 50 à 100 dollars pourrait devenir inévitable si les tensions sur les composants persistent. Le cabinet rappelle que Sony et Microsoft ont déjà relevé leurs tarifs à plusieurs reprises depuis novembre 2020, établissant un précédent industriel.

Dans ce bordel, c'est un vrai jeu d'échecs

Sony dispose d'un avantage temporel précieux. Tant que la PS5 génère des revenus confortables et que les joueurs ne réclament pas massivement une nouvelle génération, reporter la PS6 présente plus d'avantages que d'inconvénients. Cette patience forcée permet d'attendre que les nouvelles usines de production, comme la mega-fab de Micron dans l'Idaho prévue pour 2027, augmentent significativement l'offre mondiale de mémoire.

Nintendo navigue dans des eaux plus troubles. Sa Switch 2 cartonne maintenant, mais maintenir ce rythme sans ajuster les prix relève de l'exploit financier. Le constructeur doit choisir entre rogner ses marges ou décevoir sa base de joueurs avec une hausse tarifaire. Historiquement, Nintendo privilégie toujours la rentabilité sur le volume.

Les deux groupes partagent néanmoins la même conviction : lancer du matériel inadapté au marché actuel serait suicidaire. Mieux vaut retarder, quitte à frustrer les early adopters, plutôt que de proposer des consoles trop chères ou sous-équipées qui compromettraient l'ensemble du cycle de vie du produit. Dans cette guerre d'usure économique, la patience pourrait bien devenir la meilleure arme stratégique.

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À propos de l'auteur : Aurélien Hedouin, passionné de jeux vidéo depuis l’enfance et grand fan de Lego. Il décrypte l’actualité et les tests gaming sur Conseil Direct avec expertise technique et amour du pixel.
Aurélien Hedouin