La génération des pionniers SEGA s'éteint avec Hideki Sato

Feb 16, 2026Par Aurélien Hedouin, Expert Jeux Vidéo
Aurélien Hedouin, Expert Jeux Vidéo

En à peine deux mois, SEGA a perdu deux piliers historiques. David Rosen fin décembre, et maintenant Hideki Sato… Ça fait drôle de voir partir toute cette époque d'un coup.

Quand une génération entière tire sa révérence

Le 13 février 2026 marquera une date symbolique dans l'histoire du jeu vidéo. Hideki Sato, ingénieur légendaire qui a façonné toutes les consoles SEGA de 1983 à 2001, s'est éteint à 77 ans. Cette disparition survient à peine six semaines après celle de David Rosen, cofondateur de l'entreprise, décédé le 25 décembre 2025.

Selon le magazine japonais Beep21, qui avait récemment interviewé Sato dans le cadre d'un livre consacré à l'héritage technique de SEGA, l'ingénieur représentait la mémoire vivante de l'entreprise. Entré chez SEGA en avril 1971, soit seulement six ans après la fusion qui avait donné naissance au géant japonais, Sato a traversé toutes les époques du constructeur.

David Rosen, lui, était arrivé encore plus tôt dans l'aventure. Ancien pilote de l'US Air Force, il avait fondé Rosen Enterprises en 1954 avant d'orchestrer la fusion avec Nihon Goraku Bussan en 1965, créant ainsi SEGA. À 95 ans, il incarnait la transition entre l'ère des bornes d'arcade et celle des consoles de salon.

Un héritage technique qui pèse lourd

Rien qu'avec la Mega Drive, on voit l'ampleur du truc. La console conçue sous la direction de Sato après sa promotion au poste de directeur de la Recherche et Développement en 1989, s'est écoulée à près de 40 millions d'exemplaires dans le monde, selon les données compilées sur Wikipedia. Un sacré exploit quand on sait que SEGA partait de loin face à Nintendo.

En 1993, au sommet de sa gloire, SEGA contrôlait 65 % du marché américain des consoles, d'après Gaming Campus. Une performance spectaculaire pour une entreprise qui, quelques années auparavant avec la Master System, peinait à s'imposer face à la toute-puissance de Nintendo.

En Europe, ça a cartonné avec 8 millions d'unités vendues, bien plus qu'au Japon où seulement 3,58 millions de machines ont trouvé preneur. Ça montrait déjà les tensions internes qui, vingt ans plus tard, ont poussé SEGA à arrêter les consoles.

L'innovation par la contrainte

Ce qui marque chez Sato, c'est qu'il a toujours transformé les galères en force. Dans une interview accordée à Famitsu, il expliquait comment son équipe, qui maîtrisait parfaitement les bornes d'arcade mais ignorait tout du développement de consoles, avait dû tout apprendre sur le tas avec la SG-1000.

Sega SG-1000

La philosophie de Sato se résumait à un principe simple : faire converger l'expérience arcade vers le salon. Pour la Mega Drive, il voulait une machine au design premium, "avec l'attrait visuel d'une chaîne hi-fi haut de gamme", selon ses propres mots. Le lettrage doré de la console, bien qu'extrêmement coûteux à produire, participait de cette volonté d'élever le statut de la console de jeu. Beaucoup de joueurs de mon âge se souviennent encore de ce moment où ils ont vu une Mega Drive en magasin pour la première fois : elle avait vraiment une classe folle comparée à la Famicom.

Cette approche tranchait radicalement avec celle de Nintendo, dont la Famicom visait principalement les enfants. SEGA ciblait les adolescents et jeunes adultes, créant ainsi un nouveau segment de marché qui perdure encore aujourd'hui.

De président à témoin du crépuscule

Les choses ont vraiment changé pour lui au début des années 2000. Nommé président de SEGA en 2001, après le décès soudain d'Isao Okawa, il hérite d'une entreprise au bord du gouffre. La Dreamcast, dernière console qu'il avait contribué à développer, accumule les pertes financières face à la PlayStation 2 de Sony.

Selon les informations de VGC, Sato a supervisé la transition douloureuse de SEGA vers le statut de développeur tiers entre 2001 et 2003. L'homme qui avait passé trois décennies à concevoir du matériel devait maintenant présider à l'abandon de cette activité.

Il quittera définitivement l'entreprise en 2008, après 37 ans de service. Entre-temps, David Rosen avait lui aussi pris sa retraite en 1996, marquant symboliquement la fin d'une époque.

Qui va raconter cette histoire maintenant ?

Le communiqué officiel de SEGA salue "des contributions ayant eu un impact considérable et durable sur l'ensemble de l'industrie". Au-delà des formules convenues, force est de constater que ces hommes ont façonné les codes qui régissent encore aujourd'hui le marché des consoles.

L'approche marketing agressive de SEGA avec ses slogans provocateurs, la recherche constante de performances techniques supérieures, l'importance accordée au design industriel : autant d'innovations portées par Sato et Rosen qui sont devenues la norme dans l'industrie.

Leur disparition rapprochée pose une vraie question : qui détient maintenant la mémoire institutionnelle de cette période ? Beep21 travaillait justement sur un livre consacré à l'héritage de Sato, conscient que ces témoignages directs deviennent irremplaçables.

Dans un secteur où l'innovation permanente efface rapidement le passé, la disparition successive de ces deux piliers de SEGA rappelle qu'une page se tourne. Clairement. Une page écrite dans le métal et le silicium de 40 millions de Mega Drive, et gravée dans la mémoire de plusieurs générations de joueurs.

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À propos de l'auteur : Aurélien Hedouin, passionné de jeux vidéo depuis l’enfance et grand fan de Lego. Il décrypte l’actualité et les tests gaming sur Conseil Direct avec expertise technique et amour du pixel.
Aurélien Hedouin