Square Enix relance Dissidia sur mobile en mars malgré ses échecs répétés

Feb 26, 2026Par Aurélien Hedouin, Expert Jeux Vidéo
Aurélien Hedouin, Expert Jeux Vidéo

Square Enix et NHN PlayArt lancent Dissidia Duellum Final Fantasy en mars 2026 sur iOS et Android avec des combats 3 contre 3 dans un Tokyo contemporain après la fermeture de Dissidia Opera Omnia en février 2024 dans un contexte de 140 millions de dollars de pertes liées à l'abandon de plusieurs projets par l'éditeur.

Une résurrection paradoxale sur un segment défaillant

Les préinscriptions sont désormais ouvertes sur les deux plateformes mobiles majeures. Le titre propose une mécanique inédite pour la licence, abandonnant les duels tactiques qui fondaient l'identité de la série pour des affrontements nerveux où deux équipes rivalisent pour abattre un boss massif avant leurs adversaires. Les personnages se répartissent entre quatre archétypes au combat, privilégiant l'accessibilité au raffinement stratégique qui caractérisait Dissidia 012 sur PSP.

Pourtant, le timing interroge lorsqu'on examine le bilan catastrophique de Square Enix sur ce segment. Dragon Quest Champions s'est effondré après seulement un an d'exploitation, tandis que Dragon Quest Tact a fermé en février 2024 après trois années décevantes.

L'éditeur multiplie les tentatives sans tirer les enseignements de ses échecs répétés. Le modèle économique free-to-play implique des redevances de licence élevées, auxquelles s'ajoutent les prélèvements des plateformes et les dépenses marketing pharaoniques. Cette équation financière fragilise la rentabilité des productions, transformant chaque lancement en pari risqué plutôt qu'en investissement raisonné.

Tokyo, nouveau terrain de jeu pour une refonte stylistique moderne

Développé conjointement avec NHN PlayArt, le titre transpose l'univers Dissidia dans la capitale nippone actuelle. Les héros de Final Fantasy y apparaissent comme des spectres combattant des créatures surgies d'un cristal mystérieux, avant de s'évanouir sitôt la menace neutralisée. Le dispositif narratif sert principalement de prétexte à une refonte esthétique ambitieuse.

Cloud, Lightning, Kain, Terra, Zidane et leurs compagnons troquent leurs tenues emblématiques contre des silhouettes urbaines contemporaines. L'équipe artistique dirigée par Miki Yamashita, créatrice des designs de The World Ends With You, impose une direction mode radicale à la franchise. Le titre mise massivement sur la personnalisation vestimentaire, multipliant les pièces de garde-robe acquises via des événements ou des transactions monétaires.

Cette direction mode devient son principal argument différenciant face aux productions concurrentes.

Le roster de lancement affiche dix combattants confirmés, avec six silhouettes supplémentaires dévoilées suggérant l'arrivée prochaine de Firion, Onion Knight, Rikku, Balthier, Iroha et Clive Rosfield, selon les informations du Final Fantasy Wiki.

Un pari économique sur fond d'interrogations stratégiques

La fermeture de Dissidia Opera Omnia en février 2024, après sept années d'exploitation, achève symboliquement l'ancien chapitre de la franchise sur mobile. Le titre, pourtant salué pour sa générosité envers les joueurs gratuits et son contenu scénaristique soigné, n'a pas échappé au couperet. Square Enix a invoqué selon Siliconera son incapacité à maintenir un service satisfaisant, formule euphémique masquant une rentabilité insuffisante.

La succession d'arrêts brutaux alimente le scepticisme légitime des joueurs potentiels. Investir du temps et des ressources financières dans une production dont la pérennité semble compromise par avance représente une proposition commerciale fragile. D'autant que Square Enix a annoncé en novembre 2024, d'après Goclecd, une réorientation stratégique privilégiant les lancements simultanés multiplateformes pour ses productions majeures, délaissant implicitement le segment mobile.

Le partenariat avec NHN PlayArt suggère une volonté de mutualiser les risques techniques et financiers. La phase bêta fermée menée en novembre 2025 auprès de 20 000 testeurs nord-américains visait probablement à calibrer les mécaniques de monétisation et à évaluer l'appétence du public avant l'offensive commerciale.

Une direction artistique soignée pour masquer la simplification

La cinématique d'ouverture diffusée récemment exhibe une direction artistique cel-shaded soignée, accompagnée d'un doublage japonais intégral. Les graphismes adoptent une esthétique hybride entre anime et peinture numérique, cherchant à séduire un public asiatique friand de productions visuellement distinctives. La bande originale compile des morceaux emblématiques de l'historique Dissidia, tentant de capitaliser sur la nostalgie des joueurs ayant fréquenté les itérations PSP et arcade.

La formule compétitive repose sur des sessions brèves pensées pour le support mobile, privilégiant la réactivité aux enchaînements tactiques complexes. Les développeurs promettent une jouabilité à une main, adaptation nécessaire aux contraintes du format smartphone mais trahissant également une simplification mécanique par rapport aux fondations de la série.

L'accessibilité programmée risque de désorienter les aficionados de la première heure, nostalgiques des combats techniques qui opposaient jadis les champions de chaque Final Fantasy dans des arènes mythiques. Le passage au 3v3 orienté boss raids sacrifie la profondeur stratégique sur l'autel de l'immédiateté ludique.

Square Enix parvient-il à réinventer Dissidia pour une génération mobile exigeante, ou reproduit-il mécaniquement un schéma économique dont les failles ont déjà provoqué une succession d'échecs commerciaux retentissants sur ce segment ?

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À propos de l'auteur : Aurélien Hedouin, passionné de jeux vidéo depuis l’enfance et grand fan de Lego. Il décrypte l’actualité et les tests gaming sur Conseil Direct avec expertise technique et amour du pixel.
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