Nacon dépose le bilan suite au défaut de paiement de Bigben

Feb 25, 2026Par Aurélien Hedouin, Expert Jeux Vidéo
Aurélien Hedouin, Expert Jeux Vidéo

L'éditeur français Nacon a déclaré ce 25 février sa cessation de paiements et sollicité l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire, conséquence directe de l'incapacité de sa maison-mère Bigben Interactive à rembourser 43 millions d'euros d'obligations échues le 19 février, plongeant 1 000 salariés et 16 studios dans une incertitude qui menace la pérennité d'un acteur majeur du jeu vidéo hexagonal.

L'emprunt obligataire de 2021 vire au désastre

La genèse de cette débâcle remonte à 2021, année où Bigben Interactive avait émis des obligations échangeables adossées aux actions de sa filiale Nacon, détenue à 56,72%. Le montage financier misait sur un refinancement bancaire validé fin 2025 pour couvrir l'échéance de février 2026.

Le refus bancaire mi-février a tout fait basculer en quelques heures. Selon Option Finance, Bigben a immédiatement sollicité une procédure amiable de conciliation pour renégocier avec ses créanciers obligataires et bancaires. Mais le mal était fait pour Nacon, dont les liquidités se sont effondrées.

L'éditeur basé à Lesquin n'a pas eu d'autre choix que d'admettre son insolvabilité. Ses actifs disponibles ne permettent plus de faire face au passif exigible.

La décision du tribunal de commerce de Lille est attendue début mars, une audience qui déterminera si la procédure de redressement est acceptée ou si la liquidation s'impose. Le communiqué officiel reste flou sur les garanties apportées aux salariés au-delà des formules d'usage.

Un secteur en proie aux restructurations massives

Cette crise s'inscrit dans un mouvement de fond qui frappe le jeu vidéo français. D'après les données de l'AFJV, le nombre d'offres d'emploi dans le secteur a chuté de 71% entre 2022 et 2025, passant de 2 716 à 799 annonces. Cette contraction témoigne d'un ralentissement généralisé après la phase d'expansion post-confinements.

Nacon n'est pas un cas isolé. Ubisoft, poids lourd français, a annoncé en janvier 2026 une refonte majeure de son organisation et la fermeture de plusieurs studios. Le contexte macroéconomique pèse lourd, avec des coûts de production explosifs et une croissance mondiale du marché limitée à 3,4% en 2025 selon Newzoo.

Le redressement judiciaire donne un sursis de 18 mois

La procédure sollicitée par Nacon gèle le passif existant pendant une période d'observation pouvant atteindre 18 mois. Concrètement, l'éditeur peut continuer son activité, renégocier ses dettes et élaborer un plan de continuation. Le tribunal nomme un administrateur judiciaire et un mandataire judiciaire pour superviser les opérations.

Les instances représentatives du personnel ont été informées le 24 février. La suspension de la cotation à Euronext Paris reste maintenue, privant Nacon de toute levée de fonds sur les marchés.

Hell is Us
Hell is Us

D'après RTBF, le chiffre d'affaires de Nacon s'élevait à 167,9 millions d'euros sur la période avril 2024-mars 2025, en baisse malgré la progression du catalogue avec notamment Hell is Us. Tout va se jouer sur la capacité des créanciers à accepter un rééchelonnement – et, idéalement, à injecter de nouveaux capitaux. Sans quoi, la liquidation guette.

Les studios de développement dans l'expectative

Parmi les 16 studios contrôlés par Nacon figurent Spiders (GreedFall 2), Passtech Games (Ravenswatch) et Ishtar Games (Dead in Antares). Ces entités créatives se retrouvent en première ligne face à une instabilité qui remet en question la sortie des projets en cours.

Ravenswatch
Ravenswatch

Le calendrier éditorial pose question. Nacon prévoyait de tenir son Nacon Connect le 4 mars, événement annuel où l'éditeur dévoile son line-up. Le maintien de cette grand-messe marketing en pleine tourmente financière relève soit du déni, soit d'une stratégie de communication désespérée pour rassurer les partenaires.

La protection de l'emploi reste une priorité affichée dans le communiqué officiel de Nacon, mais l'histoire récente du secteur montre que les restructurations s'accompagnent rarement d'un statu quo social. Les salariés des studios régionaux, notamment ceux implantés hors Île-de-France, craignent des fermetures ou des cessions d'actifs. Les 1 000 employés attendent des garanties concrètes, pas des déclarations d'intention.

Le redressement judiciaire donne un sursis, mais la fenêtre reste étroite. Les créanciers devront lâcher du lest ou regarder Nacon sombrer définitivement, emportant avec lui une partie du savoir-faire français dans le jeu vidéo AA. La question n'est plus de savoir si l'éditeur survivra intact, mais sous quelle forme et avec combien de studios sacrifiés sur l'autel de la rentabilité.

Articles qui pourraient vous plaire :

À propos de l'auteur : Aurélien Hedouin, passionné de jeux vidéo depuis l’enfance et grand fan de Lego. Il décrypte l’actualité et les tests gaming sur Conseil Direct avec expertise technique et amour du pixel.
Aurélien Hedouin