Ubisoft licencie 40 employés à Toronto dans une nouvelle vague de restructuration
Quarante développeurs à la porte chez Ubisoft Toronto. Encore et toujours. Ce qui pourrait ressembler à une énième annonce de licenciements cache en fait une réalité bien plus sombre pour des milliers de professionnels du secteur.
Une industrie qui broie ses talents
Les chiffres font froid dans le dos. Selon le rapport annuel 2026 de la Game Developers Conference, un tiers des travailleurs américains de l'industrie du jeu vidéo ont perdu leur emploi ces deux dernières années. Plus de 2 300 professionnels interrogés dressent le portrait d'un secteur en pleine implosion. 66% des employés de studios AAA ont vécu des vagues de licenciements dans leur boîte au cours des douze derniers mois.
Le studio torontois d'Ubisoft, qui compte environ 500 employés, vient donc grossir ces rangs. MobileSyrup a confirmé que 40 postes ont été supprimés, soit environ 8% de l'effectif. Une goutte d'eau dans l'océan des compressions menées par l'éditeur français depuis janvier, qui incluent la fermeture des studios de Halifax et Stockholm, ainsi que des restructurations à Abu Dhabi, RedLynx et Massive Entertainment.

La promesse officielle sonne creux face à l'ampleur du désastre, surtout quand on voit comment ça impacte les gens au quotidien. Ubisoft assure que le remake tant attendu de Splinter Cell continue son développement. Pourtant, la suppression du remake de Prince of Persia annoncée en janvier plane comme une menace. Toronto avait justement collaboré sur ce projet avorté. Difficile de croire aux engagements d'un éditeur qui vient d'annuler six jeux en développement d'un coup de plume.

La restructuration comme mantra
Le géant français se cache derrière une novlangue managériale qui ne trompe plus personne. Son plan de "transformation opérationnelle" prévoit la création de cinq "Creative Houses" censées redonner agilité et créativité aux équipes. Dans les faits, Ubisoft vise une réduction de 200 millions d'euros de coûts fixes supplémentaires d'ici deux ans, portant l'effort total à 500 millions d'euros depuis 2022.
Le PDG Yves Guillemot justifie ces coupes par un marché AAA plus sélectif et des budgets qui explosent. Mais en même temps, ils misent gros sur l'IA générative, ce qui fout les jetons aux devs restants. Sans oublier le retour forcé au bureau cinq jours par semaine, histoire de bien enfoncer le clou.
La précarité devient la norme dans un secteur qui se vantait jadis d'être à la pointe de l'innovation. Les étudiants en développement de jeux vidéo regardent leur futur avec effroi. Selon le même rapport GDC, 74% d'entre eux s'inquiètent de leurs perspectives professionnelles. En discutant avec des gens du milieu, on entend souvent que les jeunes diplômés flippent grave pour leur avenir, coincés entre une concurrence féroce de développeurs expérimentés fraîchement licenciés et la montée en puissance de l'IA.
Face à ce constat, la réponse monte des rangs. 82% des professionnels américains du secteur soutiennent désormais la syndicalisation, un chiffre qui grimpe à 88% chez ceux qui ont déjà été licenciés. La fermeture du studio d'Halifax quelques semaines seulement après la création du premier syndicat nord-américain d'Ubisoft n'a fait que renforcer cette détermination. Les développeurs de Toronto, eux, continuent de travailler sur leur remake de Splinter Cell en se demandant combien de temps ils auront encore un bureau où se rendre.
Articles qui pourraient vous plaire :
- Bluepoint Games rejoint la longue liste des studios sacrifiés dans la crise du jeu vidéo
- Xenoblade X sur Switch 2, la mise à niveau à 5 euros qui énerve
- The Elder Scrolls VI doit effacer le fiasco Starfield sous peine de catastrophe
- Fallout New Vegas écrase Starfield mais Bethesda garde le sourire
À propos de l'auteur : Aurélien Hedouin, passionné de jeux vidéo depuis l’enfance et grand fan de Lego. Il décrypte l’actualité et les tests gaming sur Conseil Direct avec expertise technique et amour du pixel.
Aurélien Hedouin