Stellantis accuse 22,3 milliards de pertes et orchestre sa refonte stratégique
Stellantis, constructeur franco-italo-américain, signe la deuxième plus lourde perte d'un groupe français depuis 2002 avec une saignée de 22,3 milliards d'euros en 2025, fruit d'une charge exceptionnelle de 25,4 milliards liée au recalibrage brutal de sa stratégie électrique.
Un revers financier aux proportions historiques
L'exercice 2025 inscrit Stellantis dans les annales comptables françaises. Selon BFM Bourse, seul Vivendi fait pire avec ses 23,3 milliards d'euros de déficit enregistrés en 2002, suivi par France Télécom (-20,7 milliards en 2002) et EDF (-17,9 milliards en 2022). Pour le secteur automobile, l'ampleur dépasse de loin le précédent record français détenu par Renault avec ses 8 milliards de pertes en 2020.
Cette débâcle financière s'accompagne d'un effondrement opérationnel. La marge opérationnelle courante plonge à -0,5% contre 13,4% en 2022. Le chiffre d'affaires recule de 2% à 153,5 milliards d'euros, pénalisé par des effets de change défavorables et une politique de baisse des prix au premier semestre. Le free cash-flow industriel affiche un rouge vif de 4,5 milliards d'euros.
La facture colossale du pari électrique manqué
La charge exceptionnelle découle principalement d'une révision radicale des ambitions électriques. Antonio Filosa, directeur général depuis mai 2025, reconnaît sans détour que les résultats traduisent "le coût d'une surestimation du rythme de la transition énergétique". Le groupe abandonne ses participations dans les gigafactories NextStar Energy au Canada et se retire de la coentreprise avec Samsung prévue pour deux usines de batteries américaines.
Ce virage s'inscrit dans un mouvement sectoriel plus vaste. D'après Auto Infos, Ford prévoit 5,5 milliards de dollars de pertes sur l'électrique en 2025, tandis que General Motors a comptabilisé 1,6 milliard de charges au troisième trimestre. Porsche, Volvo (-33 millions d'euros en 2025) et Jaguar Land Rover (-356 millions au T3) subissent également les contrecoups de stratégies trop agressives.
Stellantis doit aussi absorber les droits de douane trumpiens, évalués à 1,2 milliard d'euros pour 2025 et estimés à 1,6 milliard pour 2026, selon le communiqué officiel du groupe.
Une géographie des performances contrastée
Les performances régionales tranchent nettement. Outre-Atlantique, les marques américaines (Dodge, Jeep, Chrysler) enregistrent une progression spectaculaire de 39% de leurs ventes au second semestre. La remise en avant des motorisations thermiques, hybrides et des V8 capitalise sur la baisse du prix de l'essence américain.
L'Europe, malgré une politique de prix plus accommodante, ne parvient qu'à une croissance de 10%, freinée par des problèmes récurrents de fiabilité. Au global, la hausse des volumes se limite à 11% sur le second semestre, insuffisante pour inverser la trajectoire.

Filosa maintient son cap stratégique en visant une marge opérationnelle comprise entre 1 et 4% fin 2026. Pourtant, la production française devrait reculer de 11% supplémentaires d'ici 2028, selon le Financial Times, tandis que l'usine de Kenitra au Maroc bénéficie d'un investissement de 300 millions d'euros pour porter sa capacité à 535 000 véhicules annuels.
Une solvabilité préservée malgré la tourmente
Malgré l'ampleur du désastre comptable, Stellantis conserve des liquidités industrielles de 46 milliards d'euros fin 2025. Cette réserve stratégique lui permet de suspendre le dividende 2026 et d'autoriser l'émission d'obligations hybrides jusqu'à 5 milliards d'euros pour consolider son bilan.
Le groupe annonce également son retour à une publication trimestrielle de ses résultats dès avril 2026, rompant avec le rythme semestriel précédent. Cette transparence accrue vise à restaurer la confiance des marchés.
Filosa présentera son plan stratégique détaillé en mai à Auburn Hills, banlieue de Detroit devenue le vrai centre de gravité du groupe. Un signe clair du glissement du pouvoir vers l'Amérique, au détriment de Turin et des sites européens.
La reconversion industrielle engagée par Stellantis constituera-t-elle un modèle de résilience pour une filière automobile mondialement désorientée par les incertitudes de l'électrification ?
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À propos de l'auteur : David Tavos cumule une solide expertise terrain en automobile. Après plusieurs années chez deux grands constructeurs français et une marque premium allemande, il maîtrise la logistique technique et les composants. Passionné de mécanique, il décrypte l’actualité auto avec un regard expert sur la fiabilité et l’ingénierie.
David Tavos